En projetant pour ce 79ᵉ festival de Cannes leur film "L'affaire Marie-Claire" sur le procès de Bobigny en 1972 contre l'avortement, les réalisateurs Lauriane Escaffre et Yvo Muller défendent une démarche qui a "du sens en 2026, plus que jamais". Rencontre avec ses femmes : entretien avec Charlotte Gainsbourg, Cécile de France et Saül Benchetrit.
Dans le film L'affaire Marie-Claire, Charlotte Gainsbourg campe l'avocate Gisèle Halimi et Cécile de France la mère de la jeune Marie-Claire, accusée d'avoir avorté illégalement après un viol.
Ce long-métrage, le premier à porter sur cet épisode historique, fait des allers-retours haletants entre le huis clos de la salle d'audience et le cheminement jusqu'à ce procès retentissant qui a ouvert la voie à la légalisation de l'IVG en France.
>> Entretien avec Charlotte Gainsbourg, Cécile de France et Saül Benchetrit - Un entretien en intégralité et sans montage de Laurence Boulet, Arrantxa Belderrain et Thierry Mongellaz pour France Télévisions.
Que représentait Gisèle Alimi pour vous avant de faire le film ?
Charlotte Gainsbourg : "j'ai un peu honte parce que je ne la connaissais pas. Je la connaissais comme figure publique, mais je ne connaissais pas son parcours et je ne connaissais pas l'affaire Marie-Claire. Je me suis rattrapée..."
Comment vous êtes-vous entrée dans le personnage ?
Charlotte Gainsbourg : "J'ai essayé de regarder un maximum d'images avec elle, de l'écouter. Je l'écoutais beaucoup. On a la chance d'avoir plein de documents audio. J'ai lu ces livres, et puis il y avait cette plaidoirie qui m'a accompagné pendant tout le tournage qu'il fallait apprendre évidemment et ça me demandait beaucoup d'efforts parce que je n’ai pas une très bonne mémoire. C'était comme une gymnastique de tous les jours. Donc il y avait sa voix quand même qui était là."
Avez-vous un peu travaillé sa gestuelle ? Comment vous avez composé ce personnage ?
Charlotte Gainsbourg : "En fait, c'est Lauriane Escaffre et Yvo Muller les réalisateurs, qui m'ont calmé sur le fait de ne pas avoir une représentation physique le plus proche possible. Donc je voulais m'inspirer d'elle, je voulais que la coiffure lui ressemble quand même un peu. Mais je ne suis pas allée jusqu'à avoir sa diction qui était très particulière, mais j'essayais de m'éloigner de la mienne. Voilà."
Qu'est-ce qu'elle a de vous, cette femme ?
Charlotte Gainsbourg : "Je ne sais pas, j'ai pas sa force, j'ai pas son courage, sa cruauté aussi parce que le risque qu'elle faisait prendre à ses femmes, ce n’était pas rien. Donc non, elle m'impressionnait trop pour que j'imagine avoir beaucoup de points communs. Non. "
Et quand on incarne comme ça un personnage qui a existé en tant que comédienne, qu'est-ce que ça change pour travailler ?
Charlotte Gainsbourg : "On est plus limité parce que je n'allais pas prendre des libertés. Le film est vraiment autour de l'affaire Marie-Claire. On ne la voit pas, on la voit chez elle, on a le rapport qu'elle a avec sa mère, des choses très intimes. Mais c'est quand même les mois qui précèdent le procès. Des scènes étaient écrites et j'essayais d'être au plus proche de ce que j'imaginais d'elle. Mais donc je ne pouvais pas faire de faux pas réellement et tenter plein de trucs comme on pourrait le faire si on n'a pas de responsabilité avec un personnage qui a existé.
Pour moi c'était beaucoup plus impressionnant. Oui."
Les faits, rien que les faits
Fidèles aux faits, les réalisateurs se sont inspirés de la retranscription du procès et des écrits de Gisèle Halimi, décédée en 2020. Le choix de la fille de Jane Birkin et de Serge Gainsbourg a fait débat dès l'annonce du casting: une femme blanche pour incarner une Franco-tunisienne, et une actrice qui a défendu la cause des otages israéliens à Gaza alors que Gisèle Halimi, née dans une famille juive, était engagée contre le colonialisme et en faveur de la Palestine.
Charlotte Gainsbourg avait cosigné en septembre dernier une tribune demandant de conditionner la reconnaissance d'un État palestinien par la France à la libération des otages et au démantèlement du Hamas. Serge Halimi, fils de Gisèle Halimi, avait alors désapprouvé le choix de l'actrice pour incarner sa mère, qui "aurait lu cette tribune avec dégoût" selon lui.
Mais Charlotte Gainsbourg en Gisèle Halimi est "un choix artistique, c'est ce que l'on défend", répond Yvo Muller.
Les co-réalisateurs jouent eux-mêmes dans "L'Affaire Marie-Claire", leur deuxième long-métrage après "Maria rêve" en 2022. Ils figurent aux côtés notamment de Grégory Gadebois et Saül Benchetrit, fille d'Anna Mouglalis et Samuel Benchetrit, qui incarne Marie-Claire Chevalier.
Le film, hors compétition à Cannes, sortira en salles le 4 novembre prochain.
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