C’est un épisode oublié de l’histoire coloniale française. Au 19e siècle, pendant plus de 40 ans, des milliers d’Algériens ont été incarcérés, sans procès, sur cette île au large de Cannes. Des historiens ont enquêté sur cette période douloureuse. Un documentaire inédit, "L’histoire cachée de l’île Sainte-Marguerite", retrace leurs découvertes.
L’île Sainte-Marguerite, c’est un petit bout de terre paradisiaque au cœur de l’archipel de Lérins. À l’intérieur, le Fort Royal, un édifice à la longue tradition carcérale. S’il est bien connu pour avoir abrité l’homme au masque de fer, peu de gens savent aujourd’hui qu’il fut le lieu principal d’internement des opposants algériens durant toute la deuxième partie du 19e siècle.
Ici, des milliers de prisonniers ont été déportés sans jamais avoir été jugés. Une prison ouverte pendant plus de 40 ans, de 1841 à 1884. Beaucoup sont morts sur cette terre, des hommes, des femmes, des enfants...
Seul un cimetière rappelle cet épisode méconnu de la conquête française en Algérie. Des centaines de sépultures, qui témoignent des souffrances des déportés. C’est dans les années 70, alors qu’ils effectuent des travaux forestiers sur l'île, que des ouvriers harkis redécouvrent cette nécropole abandonnée sous la végétation.
Il y a ici une atmosphère très particulière. C’est quelque chose d’assez fort, il y a une sobriété et en même temps on sent qu’une histoire pesante est liée à ce cimetière. Ce n’est pas complètement apaisé.
Christophe Roustan Delatour, directeur des musées de la ville de Cannes
En 2018, la municipalité de Cannes décide de rechercher l’origine de cette nécropole musulmane, l’une des plus anciennes en France, afin de faire toute la lumière sur sa présence. La mairie souhaite mettre ce cimetière en valeur, le réhabiliter.
Encore faut-il comprendre auparavant qui sont les personnes inhumées et comment elles sont arrivées là. Un comité scientifique, composé d’une dizaine d’historiens et de spécialistes de l’Algérie, est constitué pour mener des travaux de recherche dans les archives.
Des centaines de lettres de prisonniers
Personnage central de ce pool de scientifiques, Anissa Bouayed fouille pendant des mois les archives de la période coloniale en Algérie. Elle découvre vite une documentation pléthorique rarement consultée et retrouve même des centaines de lettres de prisonniers, qui vont notamment permettre d’écrire le récit détaillé de cette période douloureuse.
En compagnie de Anna Damon, doctorante en histoire coloniale qui a traduit l’ensemble de cette correspondance et de Sylvie Thénault, directrice de recherche au CNRS et spécialiste des questions d’internement et de justice, elles vont remonter le fil d’une histoire étonnante.
Sainte-Marguerite nous apprend à quel point la conquête française a complètement détruit la société algérienne.
Sylvie Thénault, directrice de recherche au CNRS
Le documentaire de Laurent Boullard raconte pour la première fois cette période marquante. En s’appuyant sur les découvertes des chercheurs et sur des archives souvent inédites, il fait le récit bouleversant du quotidien de ces prisonniers. Il témoigne aussi du travail de mémoire entrepris par la ville de Cannes pour faire renaître un épisode oublié de son histoire.
>> "L’histoire cachée de l’île Sainte-Marguerite", disponible sur france.tv
Un documentaire de 52 minutes écrit et réalisé par Laurent Boullard, une production Link Production, Pallas Production, France Télévisions.