Dans les Alpes-Maritimes, le taux de dépistage du cancer du sein a baissé de 10 points en 9 ans. Pourtant, le nombre de cancers du sein ne cesse d'augmenter. La France est première au niveau mondial. Des chiffres alarmants dus aux facteurs environnementaux. Voici la liste des bonnes raisons de se faire dépister. Car les traitements existent.
C'est le paradoxe de l'opération de sensibilisation "Octobre rose". On affiche un ruban rose, on court pour lutter contre le cancer du sein, on participe à des ateliers bien-être, on regarde des films projetés sur ce sujet... et le dépistage est en baisse.
Dans les Alpes-Maritimes, le taux de participation au dépistage du cancer du sein est passé de 45 % en 2016 à 35 % en 2025. Et pourtant le nombre de cancers du sein augmente et fait partie de ceux qui peuvent se guérir. Selon la Ligue contre le cancer, 20 000 cancers pourraient être évités chaque année. Selon une enquête nationale, celles qui se font le moins dépister sont âgées de 50 à 55 ans, elles sont citadines, ont un niveau socio-économique élevé et habitent près d’un centre de radiologie.
Comment expliquer cette baisse du dépistage ?
Le Dr Catherine Maestro, radiologue, ancienne cheffe de service d’imagerie du centre de Lacassagne pendant 35 ans avance des raisons sur cette baisse du dépistage : les réseaux sociaux qui diffusent de mauvaises informations, le désintérêt des femmes elles-mêmes pour les risques de cette maladie.
Même si le département des Alpes-Maritimes est encore bien doté sur le littoral, le nombre de cabinets de radiologie a baissé à Nice. Il est passé en 10 ans de 65 à 45 cabinets. En moyenne, il faut un mois pour obtenir un rendez-vous à une date précise. Alors voici les six bonnes raisons de se faire dépister.
1 Le dépistage est indolore et gratuit
Depuis quelques années, les réseaux sociaux diffusent de fausses informations sur le dépistage du cancer du sein. La mammographie serait douloureuse. La radiologue explique : "Énormément de progrès ont été faits et la compression est nécessaire pour lire le cliché. De plus, la radiation est faible, tous les 2 ans. Donc, elle est négligeable."
Le dépistage s'adresse aux femmes de 50 à 74 ans, tous les 2 ans. Comment ça se passe ? Vous recevez un courrier d'invitation de la CPAM pour effectuer une mammographie de dépistage, un courrier accompagné d'un bon de prise en charge et de la liste des radiologues agréés. Il suffit de prendre rendez-vous, l'examen est totalement gratuit.
Attention, si vous ne faites pas votre mammographie dans les 6 mois qui suivent cette invitation, vous recevrez une première relance 6 mois après, puis une deuxième à nouveau 6 mois après. C'est la procédure.
2 Se faire dépister, c'est se rassurer
Tout le monde n'a pas un cancer. Comme le montre ce schéma, sur 1000 femmes dépistées dans le centre de coordination Sud PACA, 992 n'ont pas de cancer du sein détecté. Seules 7 femmes ont été détectées dans le cadre du programme de dépistage national. Et une femme grâce à la double lecture de la mammographie.
3 Le dépistage organisé est de plus en plus précis
“L’organisation du dépistage a changé, surtout depuis 3 ans. Une régionalisation est effective depuis 2019. Il est relayé par des antennes départementales", précise Catherine Maestro.
Le principe ? La première lecture de la mammographie est faite sur des clichés numériques. Puis, la deuxième lecture est envoyée au centre spécialisé de Nice ouest pour tout le département.
Dans ce centre, les radiologues réexaminent 100 à 150 mammographies par jour. Ils ont reçu une formation spécifique pour ce travail. Avec une vraie seconde chance : en 2ᵉ lecture, 8 % des cancers sont diagnostiqués ainsi.
La radiologue précise que : “Le rôle du 2ᵉ lecteur est de détecter des mammographies de qualité médiocre parce que la personne a bougé par exemple... Il faut refaire le cliché pour le relire dans de meilleures conditions.” Il faut attendre environ 3 semaines pour obtenir les résultats définitifs qui sont donc de plus en plus fiables. Attention, cette double lecture n'existe pas dans le cadre d'un dépistage individuel.
4 Mieux vaut un dépistage précoce
Certes, le mot fait encore peur. Mais mieux vaut un dépistage précoce. La radiologue se montre rassurante : "Plus d’un tiers fait moins d’un centimètre, on détecte des cancers qui ont un bon pronostic, la survie est meilleure pour les patientes.”
Autre moyen de détecter une anomalie : la palpation de la poitrine. Certains gynécologues ou sages-femmes en parlent à leurs patientes. Des tutos existent pour essayer de détecter un problème, une grosseur inhabituelle soi-même, comme le montre cette vidéo.
En le détectant le plus tôt possible, cela permet une prise en charge plus rapide et d’avoir un meilleur pronostic avec des traitements moins lourds.
5 Les causes du cancer du sein évoluent et s'aggravent
Les autorités sanitaires conseillent aux femmes de ne pas fumer, de boire deux verres d'alcool par jour et pas tous les jours, d'avoir une activité physique régulière. Oui mais voilà, l'hygiène de vie ne suffirait pas à endiguer cette maladie sournoise.
Et la situation ne cesse de s'aggraver. D’après les études du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), la France est désormais le pays au plus fort taux d’incidence dans le monde concernant le cancer du sein. Depuis 2022, elle dépasse le Royaume-Uni, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne. Le nombre de cancers du sein a doublé ces 30 dernières années. La radiologue est consciente que ces "chiffres sont alarmants".
Les facteurs familiaux, génétiques ne représentent que 5 à 10 % des facteurs de risque. Alors d'où viennent les 55% à 60% qui restent ?
D'après les experts, les causes sont désormais multiples et liées à l'environnement : pollution atmosphérique, pesticides, alimentation saturée de conservateurs et d’additifs, perturbateurs endocriniens cachés dans nos plastiques, cosmétiques, produits ménagers... La liste est longue.
Une étude américaine de 2017 parle même d'exposome pour recenser tous ces risques. Les scientifiques américains rajoutent les phtalates, le bisphénol A, les parabens, les crèmes solaires, le cadmium, les dioxines. À Nice, une conférence s'est tenue ce mois-ci pour expliquer ces nombreuses causes.
6 Et l'IA dans tout ça ? Un espoir pour le dépistage ?
Pour l'instant, on ne se sert pas de l'Intelligence Artificielle dans les Alpes-Maritimes mais on l'expérimente dans le Var et les Bouches-du-Rhône. "Ils attendent les résultats, il faut un délai de 2 ans pour confirmer les résultats définitifs," prévient Catherine Maestro. Une IA en évaluation pendant 2 ans encore pour ne pas prendre de risque entre 2 mammographies.
Selon elle, la technologie progresse. L'IA ratisse plus large que l'œil humain. Mais pour y accéder, "il faudrait que les images sur les écrans soient transférées sur un support numérique".
Et là encore, la science avance... de l'autre côte de l'Atlantique. Selon une étude publiée en mars 2024 dans la Revue Radiology, "Des chercheurs américains ont développé un nouveau modèle d'intelligence artificielle (IA) interprétable pour prédire le risque de cancer du sein sur 5 ans à partir des mammographies." Un progrès dans la médecine prédictive qui permettrait de limiter le nombre d'examens.
En attendant, la radiologue conseille un dépistage avant 50 ans, plutôt vers 45 ans, et de ne pas s'arrêter à 74 ans, la limite fixée par les autorités sanitaires. Car même à un âge avancé, la maladie peut encore faire des ravages.
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