Il y a sept ans presque jour pour jour, une adolescente de 17 ans décédait d'une méningite fulgurante, non diagnostiquée lors de son passage à l'hôpital Lenval à Nice. La médecin en charge des urgences comparaissait ce mercredi 17 juin pour homicide involontaire.
Le 13 juin 2019, Marie, âgée de 17 ans, est décédée d'une méningite chez elle à Levens (Alpes-Maritimes). La veille, elle avait été prise en charge aux urgences de l'hôpital Lenval à Nice, pour une suspicion de méningite. Hélas, l'interne qui l'avait examinée n'avait pas détecté la pathologie, et la jeune fille était repartie chez elle pour un simple coup de chaud. Sans qu'un médecin senior ne l'ait auscultée, ni consulté son dossier médical.
Dans le rapport qu'elle avait consacré à ce décès, l'ARS (Agence régionale de Santé) avait pointé "des dysfonctionnements particulièrement graves lors de la prise en charge par l’équipe médicale de la jeune femme".
Une information judiciaire avait été ouverte. L'interne a bénéficié d'un non-lieu lors de l'instruction judiciaire de cette affaire. En revanche, la médecin qui était alors en charge des urgences de l’hôpital Lenval a été poursuivie pour homicide involontaire. Ce mercredi 17 juin, elle comparaissait devant le tribunal correctionnel de Nice.
18 mois de prison avec sursis requis
Lors de l’audience, la médecin prévenue s’est exprimée avec émotion : "On m’a beaucoup posé de questions depuis 7 ans, j’ai eu l’impression de ne pas pouvoir m’exprimer librement jusqu’à présent. Je n’ai pas l’intention de comparer ce que j’ai vécu à ce qu’ils ont vécu, qui est terrible. Je n’ose même pas imaginer qu’on se relève après ça. D’avoir joué un rôle dans cette tragédie… J’ai une passion dévorante pour mon métier. Je n’oublie pas Marie, jamais. Elle est là dans chaque examen, dans chaque patient que j’ausculte. Elle m’accompagnera probablement toute ma vie. Ça fait de moi un meilleur médecin. Je comprends la colère."
Je n’avais pas toutes les informations, l’interne n’était pas inquiète. Je partais du fait que tout le monde savait faire son travail.
Médecin de l'hôpital de Lenval mise en cause pour homicide involontaireFrance 3 Côte d'Azur
Dans sa plaidoirie, l'avocat des parents de Marie, Me Denis Deur, reconnait : "L’erreur de diagnostic n’a jamais été une faute pénale." Cependant, "elle le devient lorsque cette erreur est la résultante d’une violation délibérée d’une obligation de prudence. (...) Nous sommes en présence d’un médecin qui n’a pas fait son job. Si elle s’était donné la peine de voir Marie, elle aurait refusé qu’elle quitte l’établissement."
Le procureur de la République enchaîne :
Ce qui est reproché au docteur, c’est d’être passée à côté du diagnostic parce qu’elle ne s’est pas donné toutes les chances de faire le bon diagnostic, de faire tous les éléments d’information et examens nécessaires.
Sabine Neale, dans son réquisitoire
18 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende sont requis pour homicide involontaire.
L'avocat de la prévenue, Sophie Chas, rappelle de son côté que "l’interne exerce par délégation du médecin référent, c’est ainsi que le code de la santé publique le prévoit. Le médecin senior peut être consulté mais ce n’est pas obligatoire", demandant la relaxe dans cette douloureuse affaire.
La méningite Purpura fulminans, un décès en quelques heures
Le 12 juin 2019, la lycéenne de 17 ans révise son bac chez elle lorsqu'elle commence à avoir des maux de tête, des vomissements et des douleurs en bas du dos. Elle contacte alors sa mère en tout début d'après-midi pour la prévenir. Le même jour, en début de soirée, un appel est passé au Samu. L'état de la jeune fille n'est alors pas jugé inquiétant par le médecin régulateur.
Plus tard, vers 23 h, le Samu envoie une ambulance privée pour amener la jeune fille à l'hôpital pour enfants de Nice, la fondation Lenval. Elle est ensuite auscultée par une jeune interne qui n’en était qu’à sa 3ᵉ garde dans cet hôpital. Sa tension n'est pas prise et il n'y a pas de prise de sang effectuée. L'interne diagnostique un coup de chaleur. Ce jour-là à Nice, il ne faisait que 22 degrés.
De son côté, le médecin senior n’a ni ausculté, ni consulté le dossier de la jeune patiente avant d’autoriser sa sortie. La jeune fille décède le lendemain, le 13 juin. L’autopsie du médecin légiste conclura à une méningite Purpura fulminans, une maladie infectieuse rare.
Le tribunal correctionnel de Nice rendra sa décision le 13 juillet.
Avec Michel Bernouin au Palais de Justice.