D'après des révélations de Médiapart, un policier avoue avoir menti à l'IGPN, sous pression de sa hiérarchie et du syndicat Alliance, afin de protéger des collègues ayant violenté "Angelina" (prénom d'emprunt) en décembre 2018 en marge d'une manifestation des Gilets Jaunes.
C'est une nouvelle révélation dans l'affaire Angelina ( un prénom de substitution, qui a été au début de l'affaire Maria). Un policier, Christophe M., reconnaît avoir menti à la justice. Dans un rapport administratif révélé par Médiapart ce dimanche. Christophe M., affirme avoir été mis sous pression par le syndicat de police Alliance afin de ne pas révéler l'identité des collègues ayant violenté Angelina. Pour rappel, le 8 décembre 2018, Angelina passe à proximité d'une manifestation de Gilets Jaunes à Marseille en rentrant du travail. Elle reçoit un tir de LBD puis est rouée de coups de pied et de coups de matraques par des policiers.
Ces violences lui causeront une fracture du crâne, des contusions au cerveau et toujours de multiples complications sept ans après les faits. À partir de 2019, le Parquet confie une enquête à l'IGPN. À l'époque, les différents policiers auditionnés nient en bloc, aboutissant à un non-lieu par deux fois. Mais une nouvelle juge reprend le dossier en 2023 et relance les investigations : depuis octobre dernier, six policiers sont mis en examen dans cette affaire dont Christophe M.
Des aveux, des pressions
Les révélations de Christophe M. agissent comme un séisme. En effet, le policier passé aux aveux met aussi en cause sa hiérarchie : ses supérieurs ont tenté de dissimuler l'affaire, d'après lui. Avant son audition à l'IGPN, il raconte notamment avoir été convoqué par le numéro trois du service dans le bureau du syndicat Alliance. Selon Médiapart, le délégué départemental du syndicat majoritaire, qui était alors Rudy Manna, dit à Christophe M. : "de ne pas donner une version contradictoire à celle du capitaine", ni à celle de son collègue.
En décembre 2019, "pour ne pas causer de problème" à son collègue, Christophe B. nie donc sa présence ainsi que celle de ses coéquipiers au moment des faits et déclare ne pas se reconnaître sur les vidéos. "J’ai menti, conformément aux déclarations de mon capitaine", détaille-t-il au média d'investigation. Les dires de Christophe M. revêtent un caractère exceptionnel. En effet, c'est tout d'abord la première fois qu'après deux non-lieux qu'une instruction soit tout de même ouverte par la justice. "C'est très rare qu'un policier passe aux aveux et documente l'impunité en interne et comment les policiers se protègent entre eux. C'est l'une des premières fois que c'est expliqué aussi précisément", explique Pascale Pascariello, journaliste chez Mediapart au micro de France 3 Provence-Alpes.
Une instruction toujours en cours
L'ouverture d'une nouvelle enquête est également le fruit du travail et de l'obstination de Brice Grazzini, avocat de la victime, et une volonté de la justice de ne pas laisser des violences gratuites impunies, ajoute la journaliste.
"Je vais faire beaucoup de demandes d'actes (démarche qui consiste à demander au juge d'instruction de faire un acte permettant de démontrer la culpabilité d'une personne mise en cause NDLR). Je prends un rôle d'enquêteur car ceux à qui revient ce rôle ne vont pas au bout des choses. Il faut bien que quelqu'un le fasse", confirme l'avocat.
Contactés, les avocats des mis en examen, n'ont pas donné suite à nos sollicitations. Rudy Manna, l'ancien porte-parole d'Alliance qui a depuis quitté le syndicat et repris du service à la brigade maritime de Marseille, n'a également pas souhaité répondre à nos questions. À Mediapart, Rudy Manna, confirme avoir rencontré, en 2019, certains policiers auditionnés par la justice dans cette affaire, "pour les aider", tout en réfutant les avoir dissuadés de parler. L'instruction est toujours en cours.
Un article écrit en collaboration avec Etienne Bonot, journaliste à France 3 Provence-Alpes.