"Petit à petit, on nous enlève tout" : après les urgences, le service de chirurgie est désormais fermé dans cet hôpital

Quinze jours après la fermeture du service chirurgie de l'hôpital d'Apt, la population et les équipes soignantes ne digèrent pas cette décision de l'Agence régionale de santé.

Avoir la santé, un vœu partagé par beaucoup, encore plus par les habitants d'Apt depuis que le service chirurgie de l'hôpital a été fermé par l'ARS le 31 décembre dernier. Une décision qui enclave un peu plus cette commune, en rallongeant d'au moins 40 minutes les trajets. Les habitants doivent aller à Cavaillon, Manosque, Avignon ou Aix-en-Provence.

"Ils ont détruit des gens"

"Les délais étaient déjà très longs. Alors si on supprime encore, ça va rajouter", se désole une habitante, avant qu’une autre ajoute : "Le plus proche ça va être peut-être Manosque, Cavaillon. Quelqu'un qui n'est pas véhiculé, avec les bus qui ne vont pas partout... une urgence est une urgence." Une autre regrette : "Petit à petit, on nous enlève tout. On nous a enlevé la maternité. Moi j'ai eu cinq enfants, qui sont nés à la maternité d'Apt et aujourd'hui il n’y a plus rien."

Apt, ce n'est autre que 10 000 habitants l'hiver et trois fois plus l'été. Malgré la mobilisation des élus et des citoyens des 25 communes du Pays d'Apt cela n'a pas suffi pour maintenir l'ouverture du service. Une cérémonie dans la ville sous-préfecture du Vaucluse était organisée pour saluer le travail des soignants. "Merci à vous, car c'est la seule reconnaissance qu'on a eue", lâche Lucie Duffossé, infirmière de bloc opératoire, la voix étranglée par l’émotion.

On a été reconnu nulle part, même dans notre propre hôpital, on n'a pas eu un verre à boire, c'est quand même malheureux. Vraiment, ils ont détruit des gens.

Lucie Duffossé, infirmière de bloc opératoire

France 3 Provence Alpes

"On a toujours eu des patients"

L'ARS a justifié ainsi cette fermeture par le manque d’interventions réalisées dans le service. "Moins de 700 interventions par an y sont réalisées contre plusieurs milliers dans des hôpitaux comparables", peut-on lire dans le communiqué de presse adressé par l’Agence régionale de santé. Une justification incompréhensible pour cette infirmière : "On a toujours eu des patients. Si on ne travaillait pas, je comprends qu'on ferme un bloc opératoire. Sauf que l'année dernière, on a dépassé nos heures supplémentaires, c'est que le travail, on l'a fait. On ne l’a pas inventé et on a toujours travaillé. Donc oui, c'est complètement du gâchis."

Après 12 ans à l’hôpital d’Apt, celui qui est désormais l'ex-chef de service, Jawhar Allouche, peine encore à réaliser. "Je suis encore sous le choc. J'ai l'impression que je suis encore en vacances. Ça fait deux semaines, mais ça va encore me faire mal au bout d'un mois, deux mois... surtout que l'hôpital est sur mon trajet. Quand je passe à côté, je n'arrive pas encore à assimiler." Pour lui, il est difficile d'entendre que le service ferme ses portes pour une question de budget, et non pas de qualité des soins.

On a privilégié de prendre en charge les patients d'une manière sécurisée et c'est ce qu'on a fait, finalement. Durant toutes ces années, j'ai cru avoir accompli ma mission et la tête haute.

Jawhar Allouche Ex-chef du service chirurgie de l’hôpital d’Apt

France 3 Provence Alpes

"La santé ne doit pas être lucrative"

Jawhar se souvient de sa dernière garde, celle du 31 décembre, et regrette amèrement : "C'est comme si le bébé que vous avez fait grandir depuis des années, vous l'étouffiez. En rendant les clés et en disant 'je ferme'."

On dépose le volant, les clés et vous sacrifiez quelque chose de cher à vous. Et ça, c'est très difficile à supporter. Je pense que chacun de nous doit porter un stress profond.

Jawhar Allouche Ex-chef du service chirurgie de l’hôpital d’Apt

France 3 Provence Alpes

"Je dis toujours que la santé et l'éducation ne doivent pas être à titre lucratif. On doit mettre les moyens pour pouvoir avancer sans nous mettre cette pression de faire du chiffre." La maire d'Apt espère que les recours en justice aboutiront à une réouverture du service chirurgie mais elle sait que les procédures seront longues. La population, elle, craint que ce ne soit qu'une étape avant la fermeture de l'hôpital tout entier.

VOTRE AVIS - En vue des élections présidentielles de mars 2027, ICI radio-tv-digital lance un grand cycle de consultations et propose tous les mois un questionnaire thématique afin de comprendre les attentes des citoyens vis-à-vis des candidat.e.s à l’élection présidentielle.

Les JT - Provence-Alpes-Côte d'Azur

Les JT - Provence-Alpes-Côte d'Azur

Voir les replays

Les vidéos du moment

Ce n’est pas votre région ?

Voir l’actualité de toutes les régions