En trois jours, Benjamin Védrines et Nicolas Jean ont réalisé une traversée inédite du massif du Mont-Blanc à ski. Un voyage alpin jalonné de sommets mythiques et de pentes raides, rendu possible par une météo favorable et une préparation rigoureuse.
"Magique, irréel et suspendu." C'est avec ces mots que Benjamin Védrines résume sa folle aventure aux côtés de Nicolas Jean. Pendant trois jours, la cordée haut-alpine s'est offert une traversée intégrale du massif du Mont-Blanc à ski.
"L'idée, c'était de traverser le massif du Mont-Blanc du Sud au Nord en essayant de descendre le plus de pentes raides possibles à ski et en passant par les sommets les plus prestigieux", raconte Benjamin Védrines déjà auteur d’un enchaînement des trois grandes faces nord des Alpes en moins d’une semaine, en avril dernier.
Traversée "esthétique" et performance "inédite"
Du 29 avril au 1er mai, les deux alpinistes ont donc relevé un défi inédit fait d’ascensions et de descentes vertigineuses à plus de 4 000 mètres d'altitude sur les lignes les plus mythiques du massif. "Un itinéraire esthétique et exigeant", souligne l'alpiniste français rencontré quelques jours après son périple.
"C’est une traversée très esthétique, qui part des Contamines et va jusqu’au village du Tour. Et c'est quelque chose qui traînait déjà dans notre tête depuis un bon moment, je dirais deux à trois ans. C'est une traversée qui n'avait pas encore été faite. C'est exigent, ça demande que les conditions soient présentes. C'est multifactoriel, mais en tout cas, on a eu la chance d'être les premiers à pouvoir réaliser ce rêve", se réjouit-il.
Un rêve rendu possible grâce à une météo favorable et à une préparation rigoureuse, tant logistique que mentale : "Il y a eu énormément de coups de téléphone à nos pairs pour savoir si les faces sont en bonnes conditions. J'ai fait aussi du repérage sur place, je suis monté au sommet du mont Blanc deux jours avant et dans le bassin d'Argentière pour regarder les faces."
L'aiguille de Bionnassay, "un vrai calvaire"
L'aventure commence à l'aube. Après avoir atteint la Lée Blanche (3 697 m) au lever du jour, ils plongent dans sa face nord immaculée. Le Dôme de Miage, avec sa neige sans accroche, demande une concentration extrême. Puis vient l’Aiguille de Bionnassay (4 052 m), "un vrai calvaire", selon Benjamin Védrines.
Ça a été la plus délicate et la plus compliquée à gérer. À des moments, on a vraiment temporisé, on s'est fait peur.
Benjamin Védrines, alpiniste professionnel
"On savait que c'était une pente qui n'était pas en condition exceptionnelle du fait de l'enneigement un petit peu déficitaire cette saison. Et là, on s'est retrouvé devant des plaques de glace qui étaient juste recouverte d'une fine couche de neige fraîche, ce qui était vraiment très compliqué pour nous à manœuvrer. Même si ce n'est pas la plus raide, ça a été la plus délicate et la plus compliquée à gérer. À des moments, on a vraiment temporisé, on s'est fait peur", se souvient-il ému.
Cette première journée s'achève au refuge du Goûter, l’un des points où le matériel transporté dans les sacs d'environ 10 kg s’est avéré indispensable. "On part pour un voyage et dans ce voyage, il y a notamment trois nuits en refuge. La première et la dernière sont dans des refuges gardés, mais la nuit du milieu qui est au refuge du Goûter est non gardée. Et dans ce cas précis, il nous fallait emporter un réchaud, du gaz de la nourriture, pour s'alimenter et faire fondre de la neige pour qu'on ait de l'eau pour le lendemain", explique l'alpiniste.
Il y a peu d’oxygène, des variations de température extrêmes, et malgré tout, il faut rester lucide dans des descentes où la moindre erreur peut être fatale.
Benjamin Védrines, alpiniste professionnel
Le lendemain, ils s’élancent une nouvelle fois à l’aube pour gravir le mont Blanc avant de basculer dans la mythique face sud de la Brenva. Le duo fait alors face à quelques imprévus, notamment un piolet perdu et une ligne de descente impraticable qui les oblige à adapter leur itinéraire. Ils poursuivent avec le couloir Gervasutti, puis traversent le glacier de Leschaux avant de remonter jusqu’au refuge du Couvercle, concluant une journée d’une intensité rare.
"C’est plus de 10 heures d’effort par jour, au-dessus de 4 000 mètres d’altitude. Il y a peu d’oxygène, des variations de température extrêmes et malgré tout, il faut rester lucide dans des descentes où la moindre erreur peut être fatale", précise Benjamin Védrines.
Après avoir franchi l’Aiguille Verte (4 122 m) puis celle d’Argentière, le duo conclut son périple par le Chardonnet. La descente par l’éperon Migot et la face nord du Chardonnet s’effectue dans des conditions idéales, un point final à cette traversée inédite qui vient d'être gravée dans la neige du massif du Mont-Blanc.