Loi d’urgence agricole, "une loi hors sol qui va aggraver les choses", des rassemblements dans toute la Bretagne

Ce lundi 20 juillet, la loi d'urgence agricole sera de nouveau soumise au vote des députés après l’adoption par le Sénat d’une version légèrement remaniée. Dans toute la France, des rassemblements étaient organisés pour s’opposer à l’adoption de ce texte. À Saint-Just en Ille-et-Vilaine, une quarantaine de personnes se sont retrouvées, sans pancartes ni banderoles mais avec des fourches pour aider une éleveuse à rentrer sa paille. Une autre façon de défendre l’agriculture paysanne.

"Cette loi, c’est un non-sens". Fourche à la main, le sénateur écologiste Daniel Salmon n’a pas de mots assez durs contre la loi que le Sénat vient d’adopter. "Avec ces canicules et cette sécheresse, on vit des périodes terribles en agriculture, fait-il remarquer, et on essaye de perpétuer un modèle qui nous a amenés là où on est. Il faudrait changer le modèle dans son ensemble et on nous fait croire qu’avec quelques stockages d’eau on va réussir à tenir."

Il y a urgence et urgence !

Dans la parcelle, une quarantaine de personnes s’activent à ramasser les bottes de paille, les charger sur le tracteur pour les mettre à l’abri des pluies et des orages. "Ça, c’est une vraie urgence", ironise Maxime. Il est venu en voisin pour aider Sonia Debroux, éleveuse de poules bio.

"On voit bien que le système industriel a des limites, lâche l’agricultrice. Moi, dans mon élevage, j’ai eu zéro mort", dit-elle en songeant aux tonnes de volailles que la chaleur a décimées.

Les poules de Sonia Dubroux n'ont pas du tout souffert de la chaleur © Christophe Rousseau/France Télévisions

La loi prévoit d’autoriser l’agrandissement des élevages. "C’est une loi hors sol, dénonce-t-elle. On a vu ce que ça donnait. Un éleveur, quel qu’il soit, est proche de ses bêtes. Quand on voit un tapis de morts quand on se lève le matin, c’est une catastrophe. L’idée d’accroître encore la taille des élevages, c’est scandaleux. En industrie, les élevages fonctionnent avec des contrats. Les éleveurs ils ont des prêts et les pertes sur la tête et celui qui s’en met plein les poches, ce n’est pas les éleveurs, c’est l’agroalimentaire."

Des choses qui vont amplifier les problèmes

Pendant que les premières bottes se rangent dans le hangar, Jean-Marie Le Gall, conseiller municipal à Saint-Just et député suppléant les Écologistes prend un instant pour expliquer les enjeux et les risques. "Le gouvernement signe le Mercosur et fragilise l’agriculture française, donc pour se rattraper, il donne des gages à l’agro-industrie. Mais on a besoin d’une agriculture qui préserve la biodiversité."

Une quarantaine de personnes sont venues aider Sonia Debroux, éleveuse de poules bio à ramasser sa paille. Un moyen de soutenir l'agriculture paysanne avant le vote de la loi d'urgence agricole. © Myriam Thiébault / France Télévisions

"On voit bien, la canicule, la grippe aviaire, il faut arrêter… Et là, on nous impose des choses qui vont amplifier les problèmes. Les sécheresses vont s’accentuer, les problèmes de gestion de l’eau, tout va s’accentuer. Ce n’est pas en déforestant la forêt amazonienne pour produire du soja, qu’on ramène en Bretagne pour faire des élevages intensifs qu’on va résoudre le problème parce que c’est ça qui nous a menés au réchauffement climatique et aux canicules."

La réintroduction de pesticides

La loi prévoit aussi la réintroduction de certains néonicotinoïdes. "Aujourd’hui, les études montrent directement le lien entre pesticides et cancers, c’est reconnu, tout le monde le sait et on fait des lois qui réintroduisent les pesticides. Comment est-ce qu’on peut considérer que ça va dans le sens des citoyens ?"

Maxime reconnaît qu’il a suivi la loi d’urgence agricole de loin. "Mais, je vois les poisons qui sont réintroduits s’inquiète-t-il. Pour ma santé, celle des enfants, celle du vivant, je trouve que c’est catastrophique", dit-il en entassant les bottes.

La paille est rentrée. Maintenant, pour tous, l’autre urgence c’est de combattre cette loi d’urgence.

Une manifestation est prévue lundi devant l’Assemblée nationale pendant l’examen du texte.

(Avec Myriam Thiébault)

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