"C’était le jour et la nuit" : contre le mal de dos, l'exosquelette s’ouvre aux particuliers après avoir convaincu les entreprises

Et si la technologie permettait enfin de soulager durablement le "mal du siècle" ? Depuis Loos, dans le Nord, Japet Medical a relevé le défi : concevoir un exosquelette motorisé pensé pour le dos. Déjà adopté par de grandes entreprises, il s’ouvre désormais aux particuliers. À la clé : des vies transformées, comme en témoignent ceux qui l’ont essayé.

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"Je n’arrive pas à marcher dix mètres, ni à tenir une minute debout. C’est insupportable", raconte Carlo Gundendorff dont le dos "complètement foutu" le fait souffrir. Souffrant d’arthrose depuis trente ans, l’homme de 72 ans a été opéré plusieurs fois, une option désormais écartée. Tout comme la prise de médicaments, à cause d'allergies.

Seule solution proposée par son médecin : le fauteuil roulant. Un non catégorique pour Carlo, qui multiplie alors les recherches sur internet et découvre l’exosquelette Japet Medical, conçu pour soulager les troubles musculo-squelettiques (TMS), première cause de maladies professionnelles en France et représentant 87 % des cas en 2023.

"Le mal de dos, c’est le mal du siècle, rappelle Anaïs Schoreel. Les métiers restent physiques, la population vieillit, les dos sont de plus en plus abîmés. Avec la sédentarité, ils deviennent aussi moins solides", souligne la responsable des intégrations chez Japet Medical.

Une ceinture avec quatre micromoteurs

L’invention de cette entreprise créée en 2016 ? Le Japet.W+, une ceinture textile de deux kilos. Équipée de quatre micromoteurs, elle soulage la colonne vertébrale en l’étirant pour diminuer la pression sur les disques et amortir les chocs. "Comme une suspension de voiture pour le dos", résume Anaïs Schoreel.

Depuis le lancement commercial en 2019, plus de 2 000 exemplaires sont utilisés par des artisans ou dans des entreprises comme Herta, SNCF ou Engie. D'autres entreprises travaillent également au développement d'exosquelettes : RB3D dans l'Yonne ou Laevo aux Pays-Bas et Ottobock en Allemagne.

Mais l’équipe de Japet ne s’est pas arrêtée au secteur professionnel : depuis peu, elle ouvre aussi la solution aux particuliers. Le coup d’envoi a été donné avec deux journées spéciales. Les samedi 20 septembre 2025 à Paris et le 27 à Eurasanté, à Loos, des personnes ont pu découvrir et tester l’exosquelette en conditions réelles. Dans le Nord, sept particuliers ont été sélectionnés sur dossier, dont Carlo Gundendorff ayant fait le déplacement depuis le Luxembourg, où il habite.

Test grandeur nature

"Je roulerais jusqu’à la lune pour ne pas avoir mal", en repensant à l’angoisse qui l’habitait avant le test, qu’il considérait comme sa dernière chance de retrouver une vie sans douleur. Et puis, il a enfilé le Japet.W+ : "Quand je l’ai mis, c'était le jour et la nuit, s’exclame-t-il. Dès la première seconde, la douleur est partie comme un miracle. Trente ans de mal qui passe aussi vite, on n'y croit presque pas", écrit le Luxembourgeois.

Dès la première seconde, la douleur est partie comme un miracle. Trente ans de mal qui passe aussi vite, on y croit presque pas.

Carlo Gundendorff

Futur détenteur d'un exosquelette

Durant la demi-heure d’essai, Carlo Gundendorff a enchaîné les mouvements, a marché… et même couru. Quand on lui demande depuis combien de temps cela ne lui était pas arrivé, il éclate de rire : "Je ne sais plus, ça fait trop longtemps."

Immédiatement convaincu, il a décidé d’acheter l’exosquelette sans la moindre hésitation. Vendu 4 200 euros pour les particuliers (contre 5 600 auparavant), l’appareil représente un investissement, mais Carlo balaie l’objection : "Pour la santé, rien n’est trop cher." Impatient, il confie même avoir réclamé l’appareil au plus vite, plutôt qu’à la fin de l’année comme initialement prévu.

Carlo en a d’ailleurs parlé à son médecin, intrigué par ce dispositif. "Donnez-moi les contacts, ça peut intéresser mes patients", lui a-t-il glissé. À terme, Japet espère rendre cette solution "accessible au plus grand nombre", rappelle Anaïs Schoreel, qui suit de près les démarches engagées pour obtenir un remboursement par la Sécurité sociale.

Vers un futur remboursement ?

Les autres participants ont, eux, demandé un devis, tout en soulignant l’efficacité immédiate du dispositif. "Ce geste de sortir soi-même, c’était juste impossible avant", témoigne Jean-Claude Benard, en réussissant à se lever et à descendre d’une voiture. Même constat lorsqu’il s’agit de porter des valises, de pousser un objet ou d’effectuer d’autres gestes du quotidien : autant d’actions redevenues possibles.

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Jean-Claude Benard essaye le Japet. W+ avec des gestes du quotidien. ©Japet Medical

Outre son rôle d’amortisseur, l’exosquelette intègre des capteurs de mouvements. "Dès que vous bougez, il vous suit en temps réel, tout en continuant à solliciter les muscles", explique Anaïs Schoreel.

C’est là l’un des points forts du dispositif : soulager le dos tout en restant actif. Quand la douleur s’installe, on a tendance à moins bouger, ce qui affaiblit encore les muscles. Avec l’exosquelette, les utilisateurs retrouvent de la mobilité et la possibilité de se remuscler peu à peu, même dans le cas de pathologies dégénératives.

Des résultats prouvés scientifiquement

Surtout, ces résultats ne reposent pas seulement sur des témoignages. Le Japet.W+ est un dispositif médical de classe IIa, validé par des preuves cliniques et scientifiques, tient à souligner Anaïs Schoreel. Les études montrent une réduction de 40 % de la pression sur les disques, un soulagement significatif de la douleur et le maintien de l’activité musculaire.

"Beaucoup nous disent qu’elles ne se verraient plus faire sans, mais il vaut mieux un exosquelette que de la morphine au quotidien", souligne Anaïs lorsque l’on aborde le sujet de la dépendance.

Parmi ceux qui ont retrouvé une vie quotidienne plus légère : Anthony Hurez, 41 ans et père de deux enfants. Pendant des années, son mal de dos l’empêchait de profiter des moments les plus simples. "Aller marcher avec mes enfants ou me promener en magasin n’était plus plaisant, se souvient-il. Au bout d’un quart d’heure, la douleur arrivait et je n’étais plus vraiment présent avec eux."

C’est vraiment un renouveau dans mon quotidien.

Anthony Hurez

Propriétaire d'un exosquelette depuis 2020

Le jour où il a essayé l’exosquelette dans le cadre de son travail, en 2020, il s’attendait à enfiler un appareil encombrant. "En réalité, c’est très léger, on est bien englobé", raconte-t-il.

Très vite, il a commencé à l’utiliser dans sa vie privée et a retrouvé une liberté de mouvement inespérée : concerts avec ses filles, sorties au théâtre ou au musée, autant d’activités mises de côté. "Avant, je savais qu’en fin de journée j’allais souffrir. Là non. C’est vraiment un renouveau dans mon quotidien", se réjouit-il.

Des essais possibles partout

Anthony a d’abord utilisé le Japet.W+ à son travail, avant de l’adopter chez lui. Car une règle reste intangible : impossible d’acheter l’exosquelette sans l’avoir essayé. "Les essais sont obligatoires, on ne doit pas acquérir une solution comme celle-ci sans l’avoir expérimentée, et sans être sûr qu’elle rentre bien dans les indications d’usage", insiste Anaïs Schoreel.

Pour les particuliers, ces démonstrations prennent la forme de demi-journées collectives, organisées partout en France dès qu’un petit groupe est constitué. "Il faut nous contacter directement et si on a cinq personnes dans une même zone, on se déplace", explique Anaïs.

Les essais sont obligatoires, on ne doit pas acquérir une solution comme celle-ci sans l’avoir expérimentée.

Anaïs Shoreel

Responsable des intégrations chez Japet Medical

Après les ateliers, chacun a la possibilité de commander son exosquelette s’il le souhaite. Les concernés sont alors accompagnés par l’entreprise avec un suivi personnalisé à deux jours, deux semaines puis un mois. Ergonomes, infirmiers et ingénieurs biomécaniques veillent à ce que l’intégration soit réussie, ce que chapeaute Anaïs.

Un accompagnement qui rassure la plupart… mais pas Carlo Gundendorff. Pourtant pêcheur, il n’a pas caché son impatience. "Je voulais l’avoir tout de suite, raconte-t-il en riant. Ils m’ont dit : ‘vous l’aurez à la fin de l’année’. J’ai répondu : ‘non, je le veux la semaine prochaine’. J’ai mis la pression !" Pour lui, chaque jour gagné est une chance de "commencer à revivre normalement".

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