Un document interne à la MEL révèle que la ligne 2 du métro lillois verra sa "production kilométrique" diminuer chaque année jusqu'en 2028. C'est-à-dire moins de métro sur la plus longue ligne du réseau. La MEL parle d'une adaptation à la demande, d'autres y voient une dégradation de l'offre. Explications.
C'est un document confidentiel dont Mattéo Ferrux, président de MobiLille, a pu obtenir un exemplaire. "C'est une erreur de la métropole de l'avoir mis en ligne", confie-t-il.
Dans les différentes lignes que compose le tableur qu'il a récupéré, une a attiré son attention : la production kilométrique de la ligne 2. Comprendre ici, les kilomètres parcourus par la ligne 2 du métro de Lille pour une année donnée. Selon le document, à compter de 2025, cette production kilométrique doit diminuer chaque année jusqu'à 2028.
Mais qu'est-ce que cela implique concrètement ? Une possible réduction du nombre de passages de métro sur cette ligne, la plus longue de la métropole lilloise, d'après les calculs de Stéphane Baly, coprésident de Lille Verte. Pour lui, "moins de kilomètres parcourus", c'est "moins de métros sur les rails", soit une "trentaine de circulations supprimées chaque jour", détaille-t-il sur son profil X.
3/5 📉 Résultat ?
— Stéphane Baly 🌻 🇪🇺 (@StefBaly) April 30, 2025
Moins de km parcourus, moins de métros sur les rails : 🔸 2024 : 8,044 millions de km
🔸 2027 : 7,742 millions ➡️ ça représente une trentaine de circulations supprimées chaque jour
Des rames en "fin de vie"
Mattéo Ferrux, ajoute que cette "réduction kilométrique ne vient pas de nulle part". En réalité, cette réduction viendrait du fait "que la MEL commence sérieusement à manquer de rames", celles roulant actuellement sur la ligne 2 seraient en "fin de vie".
Pour le président de MobiLille, il faut remonter en 2019 pour comprendre l'origine du problème, lorsque Siemens aurait proposé une "commande groupée de nouvelles rames à plusieurs métropoles" de France, dont Lille. "À l'époque, la MEL se met autour de la table et se dit qu'elle ne va pas commander. (...) Ils ont voulu faire des économies, ils n'ont pas passé commande. Et lorsqu'ils en ont passé une plus tard, Siemens leur a dit que le carnet de commande était plein".
Les rames du réseau métropolitain n'ont pas été renouvelées, or ces véhicules ont l'équivalent d'une péremption kilométrique. À partir d'un certain nombre de kilomètres parcourus, ces dernières n'ont plus le droit de circuler. Pour Mattéo Ferrux, cela ne fait aucun doute, réduire les kilomètres parcourus par ces rames est une manière de gagner du temps sur leur renouvellement. "Cette réduction kilométrique, je la vois d'un double œil : c'est l'aveu de la MEL d'avoir attendu aussi longtemps pour changer les rames et une dégradation de l'offre de la ligne 2".
Une adaptation de l'offre à la demande ?
Mais que dit la MEL de tout cela ? Interrogée par nos confrères de La Voix du Nord, la collectivité brandit un tout autre argumentaire pour justifier cette réduction kilométrique.
"Jusqu'à fin 2025, la fréquence de passage aux heures de pointe sera adaptée à la marge de quelques secondes entre deux rames sur la ligne 2. Cela sera également le cas au mois de septembre pour les heures creuses avec un allongement limité des intervalles de passage", introduit la MEL, qui confirme les réductions de "production kilométrique" tout en les qualifiant de "très légères". Son ambition est de prolonger "l'exploitation des VAL 206" et l'objectif : "adapter l'offre à la demande".
La MEL toujours à côté de la plaque. Faire rouler moins de rames pour "adapter à la demande". L'exécutif métropolitain prend t'il la ligne 2 du métro pour sortir des absurdités pareilles ? Si la MEL avait anticipée depuis 10 ans, on en serait pas là.https://t.co/HRKIldBDux
— Mattéo FERRUX (@matteoepik) April 29, 2025
Cet argumentaire fait tiquer Stéphane Baly. "On nous parle de « faire mieux avec moins ». Mais en réalité : service plus tôt le matin et plus tard le soir, suppression du terminus partiel à Fort de Mons, mais moins de métros dans la journée = fréquence dégradée", poursuit-il sur X. "L'usager paie (encore) le prix de l’imprévision. Ce manque d'anticipation, hélas irrattrapable, impactera la vie des usagers de la ligne 2 pour les prochaines années."
Mattéo Ferrux est du même avis, pour lui cette situation est "irrattrapable, on va tout droit dans un mur". "On se demande si l'exécutif qui dit ça a déjà pris la ligne 2 ? En heure de pointe, les rames commencent à se remplir, des fois, il est impossible d'entrer ou de sortir, alors dire qu'ils s'adaptent à la demande, c'est un argument assez osé."