Marine Tondelier s'est lancée au début de l'été dans un tour de France pour lancer sa campagne à l'élection présidentielle. À cette occasion, elle s'est rendue dans l'Oise ce 19 juillet pour discuter du rôle social des cafés, notamment en zone rurale. Elle a aussi parlé de l'hypothétique union de la gauche, qu'elle assure continuer de prôner.
"Désolée pour le retard, le TER était en carafe", s'excuse Marine Tondelier en serrant la main de chaque client du bar-tabac d’Ully-Saint-Georges, un village d'un peu moins de 2 000 habitants. C'est magnifique chez vous !", ajoute-t-elle. La candidate à l’élection présidentielle fait étape ici dans le cadre de son tour de France estival, imaginé pour battre la campagne - dans tous les sens du terme. C'est Serdar Kaya, président de la confédération des buralistes, qui lui a proposé cette escale. Il voulait lui présenter Elise Dreux, la gérante, qui a repris ce commerce il y a peu.
"On voulait pas que ça ferme, parce que c'est un point central pour le village, un point de rencontre et de lien social, il fallait le maintenir", explique-t-elle à la patronne des Écologistes. "J'ai changé un peu les choses, j'ai amené ma patte et établi mes règles. La règle principale, c'est que tout le monde est bienvenu et celui à qui ça ne plait pas, c'est lui qui part.(…) Je l'ai vraiment pensé comme un lieu de convivialité et de vie où tout le monde peut se rencontrer."
Les cafés de village, une arme contre la solitude
Une démarche qui plait à Marine Tondelier, qui en a profité pour parler du thème de la solitude. "Un Français sur quatre en est victime, et l’impact sur la santé, c’est l’équivalent de 15 cigarettes par jour, donc c’est un fléau à la fois social et sanitaire", rappelle-t-elle. Dans le cadre de sa campagne, elle propose un plan de lutte contre la solitude, qui comporte, entre autres, un "grand plan national de sauvegarde des cafés". Il s'agirait par exemple d’encadrer les loyers, de proposer des prêts à taux réduits ou encore de taxer les grandes et moyennes surfaces pour financer la redynamisation des centres-villes.
"Il y a un siècle il y avait 500 000 bar-tabacs en France, il y en a aujourd’hui 38 000. Depuis les années 60, on en a perdu 80%, et c’est la mort silencieuse de plein de villages où il n’y a même plus un lieu où on peut se retrouver et faire du lien, indique la candidate à l’Élysée. Et on voit bien qu’ici, c’est quasiment le seul commerce du village, et si Élise, à 33 ans, s’était pas dit qu’elle allait quitter sa tour à la Défense pour aller sauver le commerce de son village, ça aurait fermé."
La gérante, qui propose aussi un service de relais poste dans son établissement, constate effectivement le rôle social de son café. "Quand j'ai repris, il y avait un client qui venait tous les jours boire son café, mais qui ne parlait à personne, raconte-t-elle. Aujourd'hui, il a sa bande de copains, qu'il retrouve tous les matins à 10h. Ils se rejoignent, ils papotent une heure, parfois deux, et maintenant, ils font des sorties ensemble, ils se partagent des bons plans, et c'est trop bien. On s'entraide, et pour moi c'est la meilleure gratification à tenir un commerce comme ça : on a une vraie utilité."
"Des initiatives à la rentrée" pour unir la gauche
Et cet exemple d'amitié fait rêver l'unioniste en Marine Tondelier, qui aimerait voir un lien aussi fort unir les partis de gauche, à moins d'un an de l'élection présidentielle. "Je prône une société du lien, et ça vaut pour la France, pour le monde, mais aussi pour la gauche et les écologistes. On ne peut pas se dire qu'il faut du lien partout, sauf entre les partis partenaires de notre camp politique", ironise-t-elle.
On est dans cette idée d’union et de trouver une solution pour la gauche et les Écologistes, faites nous confiance là-dessus, c'est notre engagement.
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes et candidate à la présidentielle de 2027
Néanmoins, quand on lui demande si elle espère encore une candidature unique à gauche, alors que Jean-Luc Mélenchon a déjà commencé sa campagne depuis plusieurs semaines, et que le PS a enterré le projet de primaire d'une gauche "hors LFI", Marine Tondelier botte en touche. "La lutte à mort entre les insoumis et les socialistes risque d'envoyer toute la gauche et les écologistes dans le mur, donc on prendra des initiatives à la rentrée politique pour faire discuter tout le monde, déclare-t-elle, sibylline. (...) On est profondément dans cette idée d’union et de trouver une solution pour la gauche et les Écologistes, faites nous confiance là-dessus, c'est notre engagement et on le tiendra jusqu'au bout." Une ligne qui peut surprendre, quand on sait que le parti est lui-même en proie à des divisions internes.
Encore du monde à convaincre
C'est une lourde tâche qui attend Marine Tondelier : elle doit convaincre à la fois à l'intérieur de son parti, mais aussi les autres mouvements de gauche, et surtout, les électeurs. Créditée au mieux à 4% dans le dernier sondage Elabe pour BFMTV la Tribune dimanche, la marche pour accéder au second tour est encore haute. À Ully-Saint-Georges, certains auraient aimé l'entendre sur d'autres thèmes, plus clivants.
"Les petits commerces, c'est pas le tout, mais en zone rurale on a beaucoup plus d'agriculteurs que de buralistes, et c'est eux qui nous nourrissent, donc c'est eux qu'il faut défendre", estime Bruno. Un avis partagé par Julien, agriculteur. "C'est dommage de pas aller sur les vrais sujets, moi ce que je vois, c'est qu'ils veulent passer des lois pour nous interdire de faire des trucs, mais quand il s'agit d'importer de la merde, ils nous défendent pas", lâche-t-il. Évelyne, de son côté, aurait aimé qu'on parle pollution de l'eau, un sujet épineux dans le département, qui détient des records de contaminations aux PFAS.
Autant de sujets sur lesquelles la candidate pourrait être questionnée les semaines qui arrivent. Elle a repris la route de son tour de France, direction Berck, dans le Pas-de-Calais. Elle quittera ensuite la région pour se rendre en Normandie, et redescendre le long de la côte Atlantique. Et qui sait, sur la route, elle croisera peut-être un autre candidat, qui a entrepris, pour faire campagne, de sillonner les routes du pays en auto-stop : l'Amiénois François Ruffin. À moins de tomber sur d'autres "partenaires adversaires", les insoumis, qui proposent, eux aussi, un tour de France via des "caravanes populaires" avec différentes figures du parti.
Avec Léna Thobie-Gorce / FTV