Ce samedi 12 juillet, en fin d'après-midi, plusieurs dizaines de personnes ont participé à une chaîne humaine à Wimereux, pour protester contre le manque de solidarité envers les personnes migrantes. Une action coup de poing, en soutien aux associations d'aide aux exilés, révoltées par l'accord franco-britannique sur l'échange de migrants passé jeudi dernier.
"Il reste un peu d’humanité dans cette société." Un commentaire jeté à la volée, face à cette grande chaîne humaine, qui a vu le jour samedi 12 juillet, sur la plage de Wimereux dans le Pas-de-Calais. Une manifestation solidaire pour rappeler que sur ces plages, d'autres humains, en détresse cette fois, tentent presque chaque jour de prendre la mer pour regagner les côtes anglaises.
Une action coup de poing, non déclarée en préfecture, baptisée "Mortelle frontière", qui n'a pas manqué d'attirer le regard curieux des baigneurs, nombreux sur la plage en ce début de week-end estival. Liée par des foulards, serrés dans chaque main, la chaîne humaine a créé une longue artère de plusieurs mètres sur le sable, forçant les nageurs à faire un petit détour pour accéder à l'eau, et à passer devant une pancarte, sur laquelle les volontaires expliquent leurs intentions :
Une chaîne humaine symbolique pour évoquer le drame humanitaire qui se joue ici ; l'empêchement pour des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants qui ont quitté des zones de guerre, de famine, de répression, de rejoindre l'Angleterre, ultime et souvent seule solution qui s'offre à eux pour espérer une vie meilleure.
Pancarte de la chaîne humaine
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Des conditions d'accueil dignes
Les quelques dizaines de personnes présentes ce samedi, demandent notamment d'ouvrir les frontières, tel qu'elles l'ont inscrit en grandes lettres sur le sable, juste devant leur chaîne. Une intervention lourde de sens, quelques jours seulement après l'accord franco-britannique passé à Londres par Emmanuel Macron, qui prévoit l'échange de migrants sur le modèle "un pour un". Une personne migrante est renvoyée en France, pour une personne migrante acceptée au Royaume-Uni, sur critère très spécifique.
Un accord qui paraît inégal et déshumanisant, et que dénoncent évidemment les associations d'aide aux migrants du littoral nordiste. Flore Judet, coordinatrice de l'Auberge des Migrants, s'insurge contre une nouvelle mesure répressive, calquée sur des politiques déjà existantes qui n'ont eu aucun effet sur la baisse des traversées. "Au contraire, le nombre de traversées continue d'augmenter, le nombre de décès augmente aussi. On va continuer de créer de la clandestinité et renforcer ces réseaux de passeurs."
Tant qu'on n'a pas un vrai dispositif et pas un écran de fumée comme ils l'annoncent, les gens vont continuer de traverser de manière très dangereuse. Tout ça risque d'être inutile, en plus d'être cruel.
Flore Judet, coordinatrice de l'Auberge des Migrants
De meilleures conditions d'accueil, plus respectueuses et plus humaines. Voilà ce que demandent les associations et la chaîne humaine, qui rappelle, comme l'a déjà avancé Flore Judet, que cet accord et les politiques actuelles ne font que pousser les exilés à prendre plus de risques. "87 morts en 2024 dans des naufrages... ce n'est pas acceptable."
Une solution qui n'en est pas une
Pendant que les Nordistes, fraîchement vacanciers, se prélassent dans le sable, jouent au ballon ou construisent des châteaux de sable, à quelques kilomètres de là, sur le même littoral, l'association Salam distribue des repas aux personnes migrantes des camps proches de Calais.
"Il y a du monde aujourd'hui", note Pascaline, l'une des bénévoles du jour. "Il fait beau donc les gens passent, ou en tout cas, essaient de passer."
Engagée depuis un moment auprès de l'association, la bénévole a pu recueillir le sentiment des exilés, au sujet de l'accord franco-britannique passé jeudi (qui doit encore être validé par la Commission européenne). Elle raconte : "Hier soir on est allés distribuer des vêtements dans un camp, des femmes éthiopiennes étaient très inquiètes, elles nous posaient plein de questions, en demandant si ça allait réellement se faire." Pascaline souffle. "J'ai été vraiment très choquée de cet accord, on parle de gens, on parle de les échanger comme si c'était de la marchandise. Moi je crains le pire, je pense qu'on ne prend pas les choses de la bonne façon."
Avec Martin Vanlaton