Il n’y avait pas de vaches au Salon de l’Agriculture à Paris. Alors cette année, pour la 63éme édition, les stars étaient les moutons. Rencontre avec des médaillés, 2 brebis et 2 béliers appartenant à Patrick Vaniet, éleveur à Arques, dans le Pas-de-Calais.
"Les voilà les Parisiennes !” sourit Patrick Vaniet, 55 ans, éleveur de mouton de race boulonnaise.
Dans leur enclos, deux belles brebis âgées de 4 ans. Des animaux bien charpentés, hauts sur pattes, nés ici et qui font la fierté de Patrick. “Je peux vous assurer qu'à Paris plus d’un aurait voulu en être propriétaire. Je ne vais pas vous mentir, mais j’avais presque la petite larme.”
Deux brebis en or, mais aussi 2 béliers récompensés. 4 moutons couronnés pour la qualité de leur laine ou de leur viande, dignes représentants de cette race locale.
“La race boulonnaise, c'est une truffe bien noire, une oreille bien encornée, un tour de l'œil noir, que nous, on appelle bleu” détaille Patrick. “Car quand le mouton sort au printemps, il est un peu blanc, il prend des coups de soleil et il devient bleu... Enfin, c’est sa tête qui devient de plus en plus bleue !”
Pendant des mois,Patrick a préparé ses animaux pour ce rendez-vous incontournable, le Salon de l’Agriculture. Propriétaire de plus de 200 brebis, il est un habitué de ce que l'on surnomme "la plus grande ferme de France" où très souvent il obtient un prix avec ses moutons. Et à chaque récompense, l’émotion est renouvelée.
“Un prix à Paris avec un bélier, c'est bien, mais quand c'est avec une femelle, c'est le travail de toute l’étable qui est récompensé ... Avoir un premier prix avec une brebis, c'est bien plus fort, c'est beaucoup plus beau car elle est née ici, la grand-mère est née ici, l'arrière-grand-mère aussi !”
Un salon qui a permis plus de visibilité pour l'élevage ovin
"Cette année, le salon de l’agriculture était un peu particulier avec beaucoup moins de monde, car la grosse machine bovine n'était pas présente. Mais un salon sympa, où les gens prenaient le temps de discuter. Pour le Mouton, c'était une très belle édition, et la Boulonnaise a pu être mise à l'honneur, largement ! Surtout grâce aux jeunes éleveurs car on a une équipe qui est restée toute la semaine, là-bas sur place et donc, ils ont accumulé des contacts vraiment bien.”
Affichée le long des murs de l'étable de Patrick, une collection de médailles impressionnante. Passionné par l’élevage depuis son enfance, il milite pour la race boulonnaise depuis plus de 20 ans. Aujourd’hui, propriétaire de plus de 200 brebis et de 8 béliers, il est aussi Président de l’association Mouton Boulonnais, et responsable de la filière agneau des Terroirs du Nord.
Des agneaux lourds, de 20 à 25 kilos, recherchés pour leur viande peu grasse et donnant de belles côtelettes. Des moutons de race rustique, qui ont bien failli disparaître avant que dans les années 80, une poignée d’éleveurs la remette au goût du jour.
Une race reconnue pour la finesse de sa viande
"Au départ, la race boulonnaise était sélectionnée pour entretenir les grandes plaines du Montreuillois” raconte Patrick Vaniet. “Elle s'est fixée vers 1880 après un croisement avec la race Artésienne et des béliers Dishley, des Anglais. Aujourd'hui, on lui demande seulement de faire la viande et c'est une viande très fine, dont le goût n'est pas trop prononcé et servit à la table de grands restaurants, des étoilés de notre région !"
L'Association Mouton Boulonnais compte une soixantaine d’éleveurs de cette population d’animaux qui reste encore fragile : moins de 2500 brebis et seulement 12 béliers disponibles pour la reproduction.
Une race charpentée, rustique et goûteuse qui à tout plaire et qui pourrait peut-être un jour, repartir entretenir les champs et les grandes plaines de notre territoire, comme il y a plus de 300 ans…