Le syndicat Solidaires Douanes a adressé une lettre ouverte à son directeur national ce lundi 23 juin, dans laquelle il dénonce certaines consignes données sur le littoral du Pas-de-Calais, pour surveiller des embarcations de personnes migrantes. Des ordres qui "les détournent de leur mission initiale" et insécurisent les exilés qui prennent la mer.
C'est une lettre ouverte salée, que le syndicat Solidaires Douanes a fait parvenir aux oreilles du directeur national garde-côtes des douanes, ce lundi 23 juin 2025. "Gardes-frontières, pas tortionnaires", le ton est donné dès les premiers mots.
Dans ce communiqué, les douaniers s'insurgent contre un évènement survenu dans la matinée du jeudi 19 juin, il y a presque une semaine, au large du Touquet (Pas-de-Calais). Une embarcation contenant plusieurs personnes migrantes se trouvait alors en difficulté, maintenue sous la surveillance du patrouilleur garde-côtes "Kermovan". Les douaniers, chargés d'assurer la sécurité des exilés vers les eaux britanniques ou de les récupérer en cas de sinistre, reçoivent alors une consigne du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez.
Le Kermovan reçoit pour ordre "de signaler tout changement de cap indiquant que le pneumatique ferait route vers la plage pour embarquer à son bord des personnes supplémentaires." En cas d'opération de secours, le CROSS, qui coordonne les opérations, peut être amené à donner des consignes aux garde-côtes. Mais dans l'ordre donné ce 19 juin, quelque chose fait tiquer les douanes. Rémi Vandeplanque, représentant Solidaires Douanes, soupçonne qu'il "s'agissait de faciliter l'intervention des forces de l'ordre pour faire obstacle à l'embarquement de personnes supplémentaires."
Selon Rémi Vandeplanque, l'embarcation que les douaniers sécurisaient s'est finalement échouée sur la plage de Sainte-Cécile vers 10 heures "de mémoire", visiblement après avoir crevé en heurtant un bouchot, "apparu à la faveur de la marée descendante".
Les garde-côtes, détournés de leur mission ?
Solidaires Douanes dénonce un détournement de la mission initiale des agents, et une consigne dangereuse pour les personnes migrantes, des civils en situation précaire, sur une embarcation de fortune au beau milieu du détroit du Pas-de-Calais. Celle-ci "ne relève pas de la fonction du patrouilleur Kermovan" et "a pour objectif de permettre une intervention de police en mer (de facto dangereuse)." Car, rappelons que les forces de l'ordre n'ont plus le droit d'interpeller les personnes migrantes lorsqu'elles se trouvent déjà dans leur embarcation, posée sur l'eau. Ils doivent donc attendre leur retour sur la terre ferme pour procéder à des interpellations.
Le syndicat dénonce justement "un contexte de maltraitance institutionnelle croissante, à l’encontre des personnes en exil", lors des tentatives de traversée notamment, et "de mise sous pression de la France par le Royaume-Uni qui attend que toutes les mesures possibles soient prises par le ministère de l'Intérieur afin d'empêcher les traversées de la Manche".
Au moment où cet article est publié, la Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar) n'a pas donné suite à nos solliscitations.