Habitat et Humanisme fête cette année ses 40 ans, dont 20 dans la Somme. L'association propose des logements aux plus démunis. Elle œuvre aussi en faveur de leur insertion en recréant du lien social après des parcours de vie souvent accidentés.
Habitat et Humanisme a beau avoir été fondée par un prêtre, l'association, créée dans les années 80 à Lyon, n'a conservé depuis aucun caractère religieux. C'est une organisation caritative laïque. "Même s'il s'avère que nous disposons de logements cédés par des congrégations religieuses", glisse Sylvie Durville, vice-présidente de la structure dans la Somme.
Avant d'entrer dans les ordres, son fondateur, Bernard Devert, un ancien professionnel de l'immobilier, voyait les familles les plus modestes reléguées à la périphérie des villes. Face à ce constat, il crée des lieux d'accueil ouverts aux personnes en grande fragilité économique.
En France, Habitat et Humanisme offre plus de 11 500 logements aux plus démunis, dans 89 départements, dans ses pensions de famille ou ses appartements. C'est le cas dans la Somme, à Amiens, où Sylvie Durville, bénévole depuis cinq ans, est depuis peu vice-présidente de l'association. "Je travaillais dans la banque, et à mon départ à la retraite, je ne voulais pas rester oisive. Et depuis, je passe l'essentiel de mes journées ici, en semaine".
La Maison Monsieur Vincent
La mission essentielle d'Habitat et Humanisme est d'agir en faveur du logement et de l'insertion des plus précaires. Et au-delà, de recréer du lien social pour ceux et celles qui ont perdu le contact avec la société, après des parcours accidentés.
"Pour répondre à cet objectif, notre association s'est dotée à Amiens, de la pension de famille 'Maison Monsieur Vincent', rue Vulfran-Warmé. En France, il existe 33 lieux de ce type, et une trentaine d'autres sont en cours de constitution", précise Sylvie Durville.
À Amiens, ce legs des pères Lazaristes de la congrégation de Saint-Vincent-de-Paul, qui logeaient là autrefois, est au cœur du dispositif au plan local. Un lieu animé par les bénévoles, une quarantaine dans la Somme, et cinq salariés : "C'est la Foncière Habitat et Humanisme qui en est la propriétaire", explique Sylvie Durville. "Elle achète, construit et réhabilite des logements pour les mettre à disposition des personnes en difficulté, grâce à des financements publics et privés. C'est aussi elle qui supporte le coût des travaux, si nécessaire".
Trente-sept femmes et hommes, actifs ou retraités, sont hébergés au sein de la Maison Monsieur Vincent. Des résidents qui ont entre 30 et 65 ans, et vivent dans des appartements autonomes, du studio au T3 : "Les migrants sont ultra-minoritaires. Nous avons eu deux réfugiés érythréens il y a deux ans. On demande toujours à ce qu'ils aient un titre de séjour ou qu'ils soient en cours de naturalisation. C'est une condition absolue", ajoute la vice-présidente d'Habitat et Humanisme.
Pas d'humanité sans habitat.
Habitat et Humanisme
Les résidents de la pension de famille sont majoritairement des hommes, aux revenus trop modestes pour accéder au parc immobilier traditionnel. "Ils sont soit bénéficiaires du RSA, soit en recherche d'emploi, soit intérimaires. Ils ont tous eu des parcours de vie compliqués. Nous accueillons aussi des mères isolées ou des couples", poursuit Sylvie Durville.
La maison Monsieur Vincent existe depuis dix ans. Tous ses résidents y ont été envoyés par le Service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO), sous couvert du département. "Nous sommes dans du logement très social. Notre maison est pleine, c'est complet. Ils sont ici autant de temps qu'ils le souhaitent. Certains sont là depuis l'ouverture. Les départs sont souvent dus à des décès ou à des entrées en Ehpad".
À la Maison Monsieur Vincent, chacun vit en autonomie dans son logement, contre paiement d'une redevance symbolique d'une centaine d'euros. "Ils ont un accès libre à la pension, disposent d'une cuisine dans leur logement et d'espaces de vie. Les salariés sont présents du lundi au vendredi et en cas de nécessité, nous avons désigné des résidents référents, qui disposent des numéros de téléphone des responsables, s'il y a un souci durant un week-end", précise Sylvie Durville.
Une réinsertion par le logement, pour des hommes et des femmes qui arrivent souvent fracassés par la vie, en perte totale de confiance en eux-mêmes : "Ils sont souvent passés par la rue, par des foyers sans intimité. Les femmes ont connu les violences conjugales. C'est un public très abîmé".
Salariés et bénévoles de l'association sont donc animés par ce même désir : créer une atmosphère chaleureuse, bienveillante, et susciter à nouveau chez les pensionnaires, la confiance en soi et dans les autres : "Lorsque nos résidents arrivent, c'est le contrat, ils doivent s'engager à participer à des activités collectives. Ce qui pour certains, n'est vraiment pas facile. Avec les épreuves traversées, ils se sont repliés sur eux-mêmes".
On ne réussit pas à chaque fois, mais lorsque l’on réussit, c'est extraordinaire.
Sylvie DurvilleVice-présidente Habitat et Humanisme Somme
La pension est un havre de sécurité où renouer avec les autres, par le biais de moments partagés. Et il y en a pour tous les goûts : jardinage au 'lopin de Monsieur Vincent' dans des jardins partagés, ateliers cuisine avec les légumes et les fruits récoltés dans la parcelle, ateliers couture, relaxation, et en partenariat avec le centre culturel Le Safran, céramique et dessin une fois par semaine.
"Parfois on assiste à des miracles. Je me souviens d'une résidente analphabète, rétive à tout moment partagé avec les autres. L'un de nos bénévoles lui a patiemment appris à lire et écrire. Elle s'est métamorphosée, ouverte à la vie en collectivité. C'est parfois un processus long, cette remise en route vers la confiance en soi. Il y a aussi des échecs, mais il faut savoir les accepter. N'oublions pas que certains ont encaissé des décennies de souffrances", explique Sylvie Durville.
Enfin, une salle commune est installée au rez-de-chaussée de la pension. Deux fois par semaine, des petits déjeuners collectifs y sont organisés. On peut aussi y lire, ou simplement regarder la télévision. Mais attention, le respect des règles s'impose pour assurer l'harmonie au sein du groupe : "Si des résidents se montrent trop perturbateurs, nous mettons fin à leur séjour à la pension".
Un dispositif financé par la DDETS, la Direction de l'emploi et des solidarités, un service qui met en œuvre les politiques publiques en matière d'insertion et de logement : "Heureusement pour notre public, la politique du logement reste encore une priorité, ça nous rassure. Même si rien n'est jamais gravé dans le marbre. Il faut préciser que nous avons un cahier des charges très strict, on doit donner la preuve d'un bon usage des subventions", note Sylvie Durville.
Des appartements solidaires
Outre la Maison Monsieur Vincent, Habitat et Humanisme Somme gère également des logements diffus, 28 au total, répartis dans différents quartiers de la ville d'Amiens et dans lesquels vivent plusieurs familles ou des personnes seules : allocataires du RSA ou de l'AAH, l'allocation adulte handicapé.
"Il s'agit là de logements temporaires, pour les plus précaires, en attendant qu'ils puissent rejoindre le parc social classique. Mais on ne les laisse pas livrés à eux-mêmes, les bénévoles assurent avec eux le suivi administratif de leurs démarches".
Des logements qui appartiennent à des propriétaires dits solidaires. "Il s'agit de particuliers qui confient leur logement en location à l'association pour y loger des personnes en grande fragilité économique. Le loyer est 20% à 40% inférieurs aux prix du marché", explique Sylvie Durville.
En échange de quoi, le propriétaire est assuré de ne connaître aucun impayé, car Habitat et Humanisme Somme assure les vacances locatives en cas de départ du locataire. "De plus, c'est nous qui veillons à la propreté du logement et entreprenons les réparations, si nécessaire. C'est la mission de nos 'bénévoles bricoleurs'".
Des appartements choisis avec soin, pas question de logements type passoires thermiques ou trop vétustes : "On est très attentifs à leur localisation dans la ville, leur classement énergétique, leur propreté. On ne prend pas n'importe quoi".
Les logements diffus sont pour l'instant tous occupés, et la vice-présidente d'Habitat et Humanisme Somme en profite pour lancer un appel aux bonnes volontés : "On a toujours des besoins. Nous sommes en quête de nouveaux propriétaires solidaires. Ainsi que de bénévoles bricoleurs, ils sont précieux pour nous".
Les legs sont les bienvenus également, ainsi que les dons, déductibles des impôts à 66%.
À Amiens, Habitat et Humanisme offre un toit à 95 personnes, dont 18 enfants. Et en 2027, l'association espère ouvrir une pension de famille pour vingt personnes, dans les locaux de l'ancienne sous-préfecture, à Montdidier, dans la Somme.
Mais en attendant, en ce mardi 24 juin, place à la fête. Ce soir, à Amiens, résidents, bénévoles, propriétaires, financeurs et donateurs sont conviés à célébrer ensemble un triple anniversaire : les 40 ans d'Humanisme et Habitat, les 20 ans de l'association dans la Somme, et les 10 ans de la Maison Monsieur Vincent. "Il n'y a pas de plan de table. Nous serons tous mélangés, ensemble, pour fêter ce bel événement", conclut Sylvie Durville.