Depuis presque 4 ans, un Amiénois travaille sur une intelligence artificielle qui, à terme, permettra aux archéologues de déterminer plus facilement l'origine des poteries retrouvées lors de fouilles. Pour pouvoir la développer, le céramologue a besoin désormais de fonds européens.
"La céramique, c'est l'artefact fabriqué par l'homme le plus important en volume sur les sites archéologiques. C'est un élément clé en fait. Si vous n'avez pas de céramique, vous ne pouvez pas dater un site", assure Cyrille Chaidron, céramologue et fondateur de l'entreprise Arkéocéra.
Cet ancien fonctionnaire de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) est un passionné. Il a dédié des années à se renseigner sur la céramique pour apprendre à les identifier et les découvertes font évoluer les connaissances rapidement. C'est pour gagner du temps qu'il a développé cette intelligence artificielle. "C'est très complexe parce qu'il faut avoir une bonne connaissance en géologie, lire beaucoup, parce qu'il y a énormément de publications. Et puis, il faut avoir des connaissances sur l'économie antique. Pour former un céramologue, il faut 5 à 7 ans, ça dépend des secteurs. Y ajouter un peu d'intelligence artificielle, ça va permettre de gagner du temps dans les études", se réjouit l'archéologue.
Reconnaître la matière pour identifier le lieu
Cyrille Chaidron nuance tout de même : "il y a quelque chose qu'une IA ne fera jamais, c'est-à-dire que les tessons, il faut les toucher. On a des informations tactiles. Et puis il y a des choses que l'on voit au microscope, et d'autres qu'on ne voit pas au microscope, que l'on voit à l'œil nu".
Projet avec @Arteka : #IA de #céramologie avec une IA locale sans connexion d'analyse des pâtes des céramiques. 1e tests avec un dataset de 9 ateliers pour l'instant #archeologie @Inrap @eveha_archeo @ANACT_officiel @archeodunum #computervision #ceramics #galloromain #Innovation pic.twitter.com/I3Bv90t7yU
— Arkéocéra (@arkeocera) October 9, 2024
Autodidacte et touche à tout, cela fait 10 ans qu'il s'intéresse à l'IA. Et depuis plus de trois ans, il a combiné ses deux passions pour les mettre à profit des chercheurs : "En fait, les poteries sont faites dans les argiles. Et les argiles sont assez différentes d'une région à l'autre. Jusqu'à maintenant, on les regardait au microscope pour essayer de caractériser leur provenance grâce à des éléments très caractéristiques. Par exemple, dans les amphores d'Italie, il y a des fragments de roche volcanique qu'on n'a pas en Picardie puisqu'on n'a pas de volcan. Donc j'ai entraîné des modèles d'IA qui permettent d'identifier si la céramique vient plutôt d'un secteur de la Somme ou du secteur de Beauvais ou du secteur d'Arras".
Une technologie encore limitée
Pour l'instant, la technologie reste limitée aux Hauts-de-France, car pour chaque zone identifiée, l'intelligence artificielle aurait besoin de milliers d'images. "L'objectif, c'est d'intégrer à terme des poteries qui viennent de plus loin, qui viennent du sud de la France, qui viennent d'Espagne, qui viennent d'Italie...", indique le céramologue.
C'est pour permettre d'intégrer de nouvelles données que l'archéologue s'est associé à deux autres céramologues, Sonja Willems et Barbara Borgers, pour demander des financements européens. L'idée, à terme, serait de mettre cet outil à disposition des archéologues du monde entier.