"Le meilleur béton, c’est celui qu’on ne coule pas" : ces étudiants proposent de nouvelles méthodes de construction pour demain

Quarante-neuf jeunes ont planché sur la décarbonation de la construction du béton. Le 18 février, ils remettront leur rapport au Conseil économique, social et environnemental. Une étudiante de l'ENSIL-ENSCI de l'université de Limoges a participé à ce projet de la Fédération des ingénieurs et scientifiques de France.

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Dans le secteur du BTP, on le trouve partout. Le béton est l’un des piliers de la construction grâce à ses propriétés physiques et industrielles. Revers de la médaille, c’est aussi un matériau très polluant. Il est responsable d’environ 8% des émissions mondiales de CO2*.

En France, il représente 12% des émissions de l’industrie, notamment à cause de sa fabrication.

Glawdys Blanchet

Etudiante à l'ENSIL-ENSCI de Limoges

"Quand on fait la décomposition du calcaire pour faire le clinker (l’un des constituants du béton), on obtient de la chaux. Cela produit beaucoup d’énergie et de dioxyde de carbone", poursuit Glawdys Blanchet.

Cette étudiante de 23 ans, en 5e année d’ingénieur à l’ENSIL-ENSCI de Limoges, est devenue incollable sur les caractéristiques et la composition du béton grâce à un projet de la fédération des Ingénieurs et Scientifiques de France (IESF) baptisé la Convention scientifique étudiante.

Glawdys Blanchet (à gauche du cliché) a été tirée au sort pour participer au projet national. © Glawdys Blanchet

Durant quatre mois, 49 étudiants (issus des écoles d’ingénieurs, d’architectes ou de cursus scientifiques), tirés au sort dans toute la France, ont travaillé à la rédaction d’un rapport destiné à décarboner la construction béton. "Pendant quatre week-ends, nous avons été pris en charge à Paris afin de travailler en présentiel. Les trois premiers week-ends nous ont permis de nous instruire sur le sujet". Le panel d'étudiants a ainsi rencontré des experts tel que le climatologue Christophe Cassou (l’un des rédacteurs du GIEC) ou la chimiste Karen Scrivener de l’Ecole polytechnique de Lausanne.

J’ai appris beaucoup de choses. Je m’intéressais déjà au béton, mais je ne me rendais pas compte de ce qui existait déjà en termes de normes, Accord de Paris, etc...

Glawdys Blanchet

Membre de la Convention scientifique Etudiante

Le reste au temps, les participants de la Convention ont travaillé en visio.

Particularité de ce projet, il s’inspire du modèle de conventions citoyennes : "Nous avions toujours un professionnel de la CNDP** pour s’assurer que tout le monde prenne la parole. Nous étions 50% de femmes et 50% d’hommes. Toutes les décisions et toutes les recommandations ont été votées collectivement. J’ai adoré participer à cette convention".

Les 49 étudiants de la Convention scientifique Etudiante ont travaillé sur des propositions pour décarboner la construction béton. © Glawdys Blanchet

46 recommandations pour décarboner le béton

Le résultat du travail de ces jeunes scientifiques se présente sous la forme de 46 recommandations, dont voici les grandes lignes :

La première grande piste, c’est de construire moins. Le meilleur béton, c’est celui qu’on ne coule pas.

Glawdys Blanchet

Mais l'étudiante de l'ENSIL-ENSCI de Limoges et ses camarades en ont bien conscience, "on va quand même devoir construire".

Ces jeunes scientifiques ont donc rédigé plusieurs propositions : "Travailler sur la composition du béton, réduire le taux de clinker et réduire le taux de ciment dans les bétons. Une autre piste est la capture du dioxyde de carbone lors de la fabrication. Mais nous nous sommes accordés pour dire que ça n’est pas une solution miracle car, comme le montre un rapport de la Commission de régulation des énergies, seul 10% du CO2 est récupéré par cette méthode."

Parmi les autres pistes pour décarboner le béton, la rénovation des bâtiments, l’amélioration des normes, etc.

Point final de ce projet, les 49 participants de la Convention scientifique étudiante présenteront leur rapport au Conseil Economique, Social et Environnement. La manifestation se déroulera à Paris, le 18 février prochain, en présence des acteurs du secteur (cimentiers, constructeurs...), ainsi que de membres du Comité économique et social Européen (CESE).

"On a fait ce rapport pour ceux qui veulent le lire et pour les décideurs et on espère qu’il sera lu et pris en compte, conclut Glawdys Blanchet. Nous, on représente les futurs ingénieurs de demain et ce que cette expérience nous a apporté en termes de sensibilisation et de connaissance des normes, ça se ressentira dans notre travail plus tard."

* Source : Société des ingénieurs et scientifiques de France (IESF)

** CNDP : Commission nationale du débat public

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