"Ça peut ébranler le mécanisme" : pourquoi les revendications d'Antoine Dupont sur le droit à l'image en Top 14 seraient préjudiciables

Il y a trois jours, Antoine Dupont a critiqué le système du salary cap et du droit à l'image encadré par la Ligue nationale de rugby. Il dénonce des règles problématiques et trop invasives. Mais selon un économiste spécialiste du sport, la régulation actuelle est efficace. Explications.

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Sa sortie a fait l'effet d'une petite bombe dans le monde du rugby français, habituellement uni. Dans le cadre du renouvellement du partenariat entre le Stade Toulousain et Peugeot jeudi 2 octobre, Antoine Dupont s'est exprimé sur le salary cap et le droit à l'image. 

"Problématique pour les joueurs" selon Antoine Dupont

La star du rugby français, également ambassadeur individuel de la marque automobile, désapprouve le système actuel encadré par la Ligue nationale de rugby (LNR). "Le droit à l’image individuel dans le rugby est très cadré. (...) Il faut savoir que cela compte quand même dans le salary cap du club, puisque Peugeot est partenaire du club. Ce qui est, à notre sens, est problématique pour les joueurs."

Dans cette déclaration, le demi de mêlée du Stade Toulousain aborde deux points précis. Le droit à l'image et le salary cap. Pour mieux comprendre les enjeux d'une telle sortie, on a interrogé Christophe Lepetit, responsable des études économiques au Centre de droit et d'économie du sport (CDES) à Limoges. 

Dans le sport, le salary cap permet de limiter les salaires d'un club. "Il vise à faire en sorte de limiter la concentration de talents dans une même équipe en plafonnant la masse salariale. Cela permet d'assurer l'équilibre compétitif, l'incertitude des compétitions en faisant en sorte que les talents puissent se répartir", détaille Christophe Lepetit. 

Le salary cap fixé à 10,7 millions par club

Pour le spécialiste, cet outil "fonctionne" s'il est complété par d'autres régulations comme le contrôle de la masse salariale ou l'obligation de former des joueurs. Selon Christophe Lepetit, le palmarès du Top 14 prouve que cette stratégie économique fonctionne. "Si l'on met de côté les trois dernières saisons où le Stade Toulousain a remporté le titre, à chaque fois, les champions ne sont pas les mêmes d'une saison sur l’autre."

Aujourd'hui, le salary cap est fixé à 10,7 millions par club. Une réflexion de fond est en cours entre la Ligue et les clubs pour ajuster "son montant, son périmètre, son assiette et ses mécanismes de contrôle", indique la LNR, qui a très vite répondu à Antoine Dupont. 

Le joueur toulousain déplore donc le fait que le partenariat entre lui, le club et Peugeot doit être déclaré dans le salary cap. "C'est un principe de transparence, récemment renforcé, qui vise à éviter tout contournement du plafond salarial par des rémunérations indirectes", justifie la Ligue. Une ligne de défense complètement partagée par Christophe Lepetit. 

Une démarche "un brin individualiste" selon un économiste

"La déclaration d'Antoine Dupont m'a surpris, mais pas étonné", avance l'économiste. "Je suis surpris de la façon dont il amène la chose. Ce sujet concerne une infime minorité de joueurs capables de monnayer leur droit à l'image à ce niveau-là. Antoine Dupont vante très souvent le collectif, et je trouve donc la démarche un brin individualiste. Ça peut ébranler un mécanisme bien en place", développe-t-il. 

Si on abat le salary cap, cela va être l'ouverture d'une dérégulation forte, avec des déséquilibres qui vont créer des incertitudes économiques. Les gros clubs empileraient beaucoup de joueurs, avec la possibilité d'avoir des déficits importants.

Christophe Lepetit

Responsable des études économiques au Centre de droit et d'économie du sport à Limoges

Antoine Dupont, habitué à côtoyer des sportifs de renommée mondiale comme Kylian Mbappé ou Léon Marchand - qui eux vivent dans un modèle économique du droit à l'image différent de celui du rugby - "s'est peut-être dit pourquoi je ne pourrais pas faire comme eux ?", ajoute le spécialiste. "Mais rien ne l'empêche d'avoir une entreprise et de vendre ses droits." La LNR le martèle aussi, "elle n'interdit en aucun cas à un joueur de disposer de son droit à l'image". 

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La LNR "doit tenir juridiquement"

Pour l'organisateur du Top 14, le défi est désormais "de tenir juridiquement sans affaiblir l'édifice", estime Christophe Lepetit. "Doit-elle ouvrir des exceptions ? Comment ? Si elle fait évoluer la règle pour Antoine Dupont, que diront l'Union Bordeaux Bègles ou le Racing 92 ? Ils pourraient attaquer la règle et se dire qu'un club est favorisé", prolonge l'expert. "Cela serait la porte ouverte à la libéralisation. La Ligue doit trouver un équilibre pour tous en maintenant l'intégrité des compétitions. C'est très difficile."

Autre point soulevé par le numéro 9 des Bleus, le rôle du salary cap manager. "Cela devient de plus en plus invasif. On nous demande de citer tous nos partenaires, même ceux qui ne sont pas liés au club. Ils veulent connaître à la limite tout notre patrimoine, estime Antoine Dupont.

On arrive dans une chasse aux sorcières où ils veulent démasquer les tricheurs, mais ça en devient ridicule.

Antoine Dupont

Joueur du Stade Toulousain

Le salary cap manager est un prestataire indépendant, chargé de collecter l'ensemble des informations autour du droit à l'image. "On demande aux clubs de mettre à disposition leurs contrats avec les montants", ajoute Christophe Lepetit. 

Le salary cap manager, un contrôleur "nécessaire"

"Il y a des accords de confidentialité en béton armé", rappelle le chercheur, en désaccord avec le constat d'Antoine Dupont. "C'est un contrôle nécessaire, pour déterminer combien le Stade Toulousain et les sponsors versent en droit à l'image", indique-t-il. 

Le salary cap manager demande aussi les niveaux des contrats avec d'autres marques. Il vérifie que rien ne passe sous les radars, si les contrats hors rugby n'ont pas de lien avec le Stade Toulousain. C'est nécessaire de contrôler tout ça.

Christophe Lepetit

Responsable des études économiques au Centre de droit et d'économie du sport à Limoges

Hier soir, à l'issue de la rencontre opposant Montpellier à La Rochelle, Grégory Aldritt, troisième ligne du XV de France et ami d'Antoine Dupont, assure "partager son avis" sur ces sujets, comme "beaucoup de joueurs".

Le numéro 9 du Stade Toulousain, bientôt de retour sur les terrains, regrette également que ces revendications portées avec le syndicat Provale "ne pas soient pas entendus" par la LNR. Les prochaines réunions entre joueurs, clubs et Ligue promettent d'être tendues. 

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