C'est une découverte majeure réalisée par des scientifiques du CNRS. Grâce au robot Perseverance, le son de décharges électriques a été enregistré sur Mars. Explications.
Il aura fallu presque trois ans pour que ça fasse "tilt". Une équipe de scientifiques vient de réaliser une découverte majeure sur ce qui se passe sur Mars grâce au robot Perseverance. Des décharges électriques ont été détectées lors des tempêtes et tourbillons de poussière qui parcourent la surface de la planète rouge. L'un des chercheurs toulousains associés à cette découverte nous en explique les enjeux.
Coup de chance
En 2022, le microphone de la caméra laser élaborée à Toulouse pour équiper le robot Perseverance, enregistre pour la première fois un "dust devil", l'un de ces fameux tourbillons de poussière qui agitent Mars. C'est une vraie chance car le micro de SuperCam n'est allumé que trois minutes tous les deux jours.
Cet enregistrement sonore constitue une mine d'informations sur la structure de ces tourbillons et tempêtes, mais pas seulement. Au milieu des crépitements, un signal se démarque. De "petits clacs comparables à ce que vous pouvez ressentir par temps sec quand vous touchez votre portière de voiture et qu'il y a un peu d'électricité statique", décrit Baptiste Chide, chercheur CNRS à l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse. Un an plus tard, l'acousticien de Mars s'interroge : et s'il s'agissait là de l'enregistrement sonore d'une décharge électrique ?
"Et en regardant à nouveau les données par ce prisme, ça devenait clair que ce signal très fort au milieu de cet enregistrement, c'était bien une décharge électrostatique, nous raconte Baptiste Chide. C'est de là qu'est partie la découverte. Et à partir de cette détection, on a repris tous nos jeux de données, on a à peu près trente heures de playlist de sons martiens, et on en a détecté 55."
Ces décharges électriques s’expliquent par le frottement des minuscules grains de poussière entre eux : "ils se chargent en électrons puis libèrent leurs charges sous forme d’arcs électriques longs de quelques centimètres accompagnés d’ondes de choc audibles", précise le CNRS dans un communiqué de presse daté du 26 novembre 2025.
"La partie la plus excitante commence maintenant"
Cette découverte, une première mondiale qui a fait l'objet d'un article dans la revue Nature, ouvre des perspectives énormes sur la compréhension du climat martien et notamment les phénomènes atmosphériques inexpliqués.
"C'est la partie la plus excitante qui commence maintenant, confie le chargé de recherches au CNRS, Baptiste Chide. Avec toutes les études que l'on va démarrer. Des études en laboratoire pour quantifier l'effet de ces décharges sur la chimie atmosphérique. Des études pour essayer de modéliser au plus près les conséquences de ces décharges. Cela ouvre une toute nouvelle perspective et un tout nouveau champ d'investigation pour l'atmosphère de Mars", s'enthousiasme-t-il encore.
#Communiqué 🗞️ Sur Mars, les vents soulèvent des tourbillons de poussière. Au cœur de ces dust devils, le microphone de SuperCam a capté des signaux intenses : des décharges électriques, comparables aux chocs statiques que l’on ressent sur Terre . 👉 www.cnrs.fr/fr/presse/pr...
— CNRS (@cnrs.fr) 26 novembre 2025 à 17:35
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Le travail de recherches s'annonce encore passionnant autour de cette découverte car ces décharges électriques pourraient conduire à la production de substances très oxydantes, potentiellement destructrices pour les molécules organiques en surface. Les combinaisons des astronautes ne risquent-elles pas de s'abîmer du fait de ces décharges ? Cette découverte scientifique aura sans nul doute un impact sur la préparation des prochaines missions robotiques et habitées sur Mars.