Dans la banlieue de Toulouse, la ville de Cugnaux (Haute-Garonne) a décidé jeudi 30 octobre 2025 d'interdire l'usage récréatif du protoxyde d'azote. Très en vogue chez les jeunes, la consommation de ce gaz hilarant a de graves effets sur la santé, mais également pour l'environnement.
De nombreuses villes comme Marseille, Lyon ou Nice ont pris des mesures contre la consommation récréative de protoxyde d'azote, véritable fléau national. Depuis le 30 octobre 2025, c'est le cas de Cugnaux (Haute-Garonne), dans la banlieue toulousaine. "Face à la recrudescence de l’usage détourné du protoxyde d’azote, la Ville de Cugnaux a pris un arrêté municipal interdisant son usage récréatif sur l’ensemble du territoire communal", indique la municipalité dans son communiqué.
Depuis plusieurs années, le protoxyde d'azote, habituellement utilisé à des fins médicales ou dans les siphons de crème chantilly, est consommé pour son usage euphorisant. Peu cher (entre 10 et 20 euros la bonbonne) et disponible dans des supermarchés ou sur internet, ce "gaz hilarant" est très prisé du jeune public. D'après Santé Publique France, en 2022, 14% des 18-24 ans en avaient déjà consommé.
"Des gens qui ne tenaient plus debout"
Vendu sous forme de cartouches ou de bonbonnes, le protoxyde d'azote est vaporisé dans des ballons de baudruche (on parle souvent de "faire des ballons"), puis inhalé, avec des risques immédiats comme l'asphyxie, la perte de connaissance, des brûlures, vertiges ou chutes. En cas de consommations répétées, de sévères troubles neurologiques, hématologiques, psychiatriques ou cardiaques peuvent survenir.
"On a vu arriver des jeunes gens avec des neuropathies inexpliquées. Des gens qui ne tenaient plus debout avec des paralysies, des picotements dans les membres. On a des AVC, des thromboses veineuses profondes, des embolies pulmonaires, des troubles psychologiques qui évoluent en psychoses", nous expliquait en décembre dernier, Maryse Lapeyre-Mestre, pharmacologue et directrice du centre d'addictovigilance de Midi-Pyrénées.
Jusqu'à 750 euros d'amende
Face à la multiplication de la consommation dans sa commune, Albert Sanchez a donc lancé un arrêté municipal. "On a des informations sur le fait que des jeunes arrivent aux urgences à Toulouse ou sont orientés vers des médecins dans la périphérie. C'est une consommation excessive, à outrance, quotidienne, qui se traduit tout simplement par les déchets qu'on retrouve sur le domaine public. Le lundi matin, on ramasse des bonbonnes métalliques partout dans la ville", déplore le maire de Cugnaux.
Désormais, la détention, l'utilisation, l'abandon, la cession et la revente de ce gaz hilarant sont interdits sur la voie publique, dans les parcs et les jardins, lorsqu'ils sont destinés à des faits récréatifs. En cas de prise en flagrant délit, les consommateurs de protoxyde d'azote s'exposent à des amendes allant de 450 à 750 euros.
Le gamin qui prend une amende de 450 euros, qui doit l'expliquer à ses parents, je ne sais pas si ça va bien se passer à la maison.
Albert Sanchez, maire de Cugnaux
"On ne va pas choper quelqu’un tous les matins au coin de la rue. L'idée, c'est qu'on essaie de convaincre. Au-delà de l'arrêté, il y a un accompagnement vis-à-vis des principaux de collège, des proviseurs de lycées et nos services de jeunesse avec une diffusion de cet arrêté dès la rentrée ce lundi, détaille Albert Sanchez. L'idée étant d'expliquer pourquoi on l'interdit, parce qu'on veut les protéger. C'est un outil pour convaincre et dissuader nos jeunes."
Le protoxyde d’azote a un effet euphorisant pendant environ 1 minute après l’inhalation et peut ensuite provoquer des vertiges, des troubles visuels, des pertes de contrôle, voire des « trous noirs ». ⚠️
— Fondation VINCI Autoroutes (@FondationVA) October 27, 2025
Le protoxyde d’azote, ça n’a rien d’hilarant. @IpsosFrance pic.twitter.com/gztFNWwokB
"Les enfants mettent ces ballons dans leur bouche"
Le maire indique que la commune était jusque-là épargnée par cette tendance, qui s'est accélérée cet été. "J'ai eu un déclic quand j'ai trouvé des bonbonnes et des cartouches avec des ballons dans un parc. Et à côté, j'ai vu des gamins de deux ou trois ans qui venaient jouer. Les parents m'ont dit, "vous vous rendez compte, les enfants mettent ces ballons dans leur bouche".
Au-delà de l'impact sur la santé, la gestion des bonbonnes vides est assez difficile. "L'été dernier, on a commencé à retrouver des cartouches un peu partout, mais on ne savait pas les traiter. Les habitants nous disaient, "j'en ai à la maison, devant le portail, qu'est-ce que j'en fais ?", confie le maire de Cugnaux. On était un peu embêtés, parce que la compétence des déchets, ce n’est pas nous, c'est la métropole. Et la métropole disait qu'elle ne savait pas non plus traiter."
Explosions dans les incinérateurs
Désormais, la mairie a créé une "filière" pour ramasser et trier ces bonbonnes. Elles doivent être déposées dans les points de collecte prévus à cet effet en déchetterie. Ainsi, plus de deux tonnes sont ainsi mises de côté chaque mois. Depuis le début de l'année 2025, ce sont plus 16 tonnes qui ont été triées dans la seule agglomération toulousaine, contre 14 en 2024.
Lorsqu'elles sont jetées dans des poubelles "classiques", elles terminent dans des incinérateurs, avec parfois de graves incidents. Au moment d'être brûlées, ces bonbonnes explosent parfois et provoquent des dégâts considérables. À elle seule, une cartouche équivaut à deux kilos d'explosif. À titre d'exemple, en six mois, l'incinérateur du Mirail à Toulouse a dû s'arrêter de fonctionner 1.200 heures, soit 50 jours, pour des réparations d'ampleur suite à ces explosions.