Le procès de Chryssler Hiro, accusé d'avoir tué sa compagne Éléonore Places en la poignardant de 11 coups de couteau, près de Saumur, dans la nuit du Nouvel An s'est ouvert ce 15 décembre devant la cour d'assises d'Angers. C'était le premier féminicide de 2022.
"Je le jure, je ne suis pas responsable", c'est avec ces mots que Chryssler Hiro, s'est adressé ce lundi matin 15 décembre aux parents d'Eléonore Places.
Dernier-né d'une fratrie de quatre enfants, l'accusé a grandi à Tahiti, en Polynésie française. Subissant un père alcoolique et violent, il dit avoir été élevé par sa grand-mère.
Il est accusé d'avoir poignardé à 11 reprises et tué sa compagne Eléonore Places nie toujours le meurtre de la jeune militaire de 27 ans.
Une vie de violences
L'accusé porte notamment la faute sur son frère, présent au moment des faits. Et cela, malgré une description très détaillée de la violence sur fond d'alcool de cette nuit du 1ᵉʳ janvier 2022 par le président du tribunal.
La violence, c'est ce qui ressort de la personnalité de Chrysler Hero. Une violence dès l'adolescence que l'on retrouve dans sa vie professionnelle, à l'armée et en prison. Après plusieurs sanctions disciplinaires en détention, où il a alterné phases de calme, de grande détresse psychologique et de violences, il a été transféré en urgence au centre pénitentiaire de Nantes à l'été 2025 après l'agression d'un surveillant au Mans.
"Je suis violent", reconnaît-il, "mais je ne suis pas criminel", se justifie-t-il devant la cour.
"L'idée, elle est simplement de dire qu'il a été violent dans le passé, et notamment à l'égard de la victime, qu'il a été également violent à d'autres moments, qu'il a subi de la violence aussi, et ça, en réalité, ça ressort de l'enquête de personnalité et de l'audition de tous ses témoins. Une violence qu'il a connue très jeune, un père qui était très alcoolique, un frère qui lui-même a reconnu des violences durant ses auditions, mais simplement, selon lui, ça ne suffit pas, si vous voulez, ce sont des éléments de contexte qui ne suffisent pas à établir sa culpabilité dans la nuit du 31 au 1ᵉʳ janvier", explique Alfred Reboul, avocat de Chryssler Hiro.
"Rien n'est mis en place"
Des propos difficiles à entendre pour les parties civiles. Dans la salle, une association de familles victimes de féminicides est venue rappeler l'importance de ce procès.
"Comme chaque année, malheureusement, on a plus de 120 féminicides en France, presque 130 à chaque fois. Et à chaque fois, ce sont des familles touchées, des familles qui sont détruites et qui tentent de se reconstruire, notamment à l'occasion des procès"
C'est une étape importante de reconstruction
"La question n'est pas : pourquoi n'était-elle pas partie ? La question est : pourquoi les hommes violents continuent à être violents, en dépit du fait que nous sommes en l'an 2021, qu'on parle énormément de violences conjugales, et que l'armée est informée qu'il y a des procédures judiciaires, donc des tiers qui peuvent faire instance séparatrice, et qui sont là pour sanctionner, qui sont là pour séparer. Mais rien de tout ça n'est mis en place", déplore de son côté Isabelle Steyer, avocate des parents d'Eléonore Places
Un réveillon qui bascule dans l'horreur
Ce 31 décembre 2021, la jeune femme se trouve avec son compagnon Chryssler Hiro, au domicile du frère de celui-ci, à Chacé, commune déléguée de Bellevigne-les-Châteaux, près de Saumur.
Arrivé deux jours plus tôt pour fêter le passage à la nouvelle année, le couple passe avec leur hôte un début de soirée tranquille, jusqu'à ce que la situation vrille.
Très alcoolisé, Chryssler Hiro se montre violent, se saisit d'un couteau dans la cuisine et menace de les tuer. Frappé au nez, son frère sort de l'appartement, mais lorsqu'il se retourne, c'est une scène insoutenable à laquelle il assiste et qu'il racontera par la suite aux enquêteurs.
Selon son récit, corroboré par les expertises, Chryssler Hiro tire Éléonore par les cheveux, lui donne des coups de poing avant de lui asséner 11 coups de couteau. Son frère appelle aussitôt les gendarmes, il est alors 5h du matin le 1ᵉʳ janvier 2022, Éléonore Places décède sur place moins d'une heure plus tard, malgré les premiers secours.
Après les mots de l'accusé, ce sera au tour des parents d'Éléonore de s'exprimer en fin de journée. Le procès va durer trois jours. L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Avec Laurence Couvrand
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