Le vin est plus boudé par les jeunes adultes que le reste de la population. Certains jeunes le jugent trop élitiste et lui préfèrent la bière. Le prix des bouteilles et les habitudes en soirée jouent également un rôle dans ce désintérêt.
En cet été démarré sur les chapeaux de roues, Margot et Benjamin sirotent une citronnade sur une terrasse rue des Godrans à Dijon. Ils ont tous les deux un peu plus de vingt ans et on ne peut pas dire que le vin soit leur tasse de thé. "Je n'aime pas du tout le goût, c'est trop amer", grimace Margot. "Je préfère les cocktails, c'est plus sucré, on sent moins l'alcool", ajoute cette étudiante en lettres.
"Ça fait cinq ans que je ne bois plus de vin", raconte Benjamin. "Plus jeune, j'en consommais aux repas de famille, mon oncle bordelais m'en faisait goûter mais ça ne m'a jamais transcendé", tranche ce réparateur de vélo de 24 ans. Lui, préfère la bière qu'il associe davantage à la fête. "Le vin fait plus sérieux", estime-t-il.
Quand on boit du vin dans un parc entre amis, il faut penser à ramener un tire-bouchon, c'est plus contraignant.
Benjamin24 ans
Un désintérêt plus marqué chez les 18-24 ans
Ce désamour des jeunes générations pour le vin a fait l'objet d'une étude réalisée par Ipsos Observer pour FranceAgriMer et le Comité national des interprofessions viticoles (Cniv) en 2022. Elle relève une “prise de distance encore plus marquée avec le vin” des 18-34 ans, comparé aux autres tranches d’âge de la population.
L'année de la réalisation de l'étude, 39 % des 18-34 ans ne consommaient pas de vin contre 29% pour l’ensemble de la population. Ce désintérêt s'est renforcé avec le temps et il est encore plus fort chez les très jeunes adultes. En 2022, seuls 54% des 18-24 ans consommaient du vin, soit 13 points de moins qu’en 2015. Chez les 25-35 ans, la baisse était de seulement 5 points.
Chez les jeunes, le nombre de repas accompagnés de vin est en baisse, tandis que celle de la bière est relativement stable, voire en progression notamment le samedi soir
Enquête sur la consommation de vin en France en 2022Ipsos Observer pour CNIV et FranceAgriMer
"On associe moins le vin à la convivialité"
À titre de comparaison, la consommation de bière enregistre une baisse de seulement 5 points chez les 18-24 ans et elle est même en légère hausse chez les 25-35 ans (+2 points). "Je bois plus de bière", confirme Milan, trente ans, attablé dans un café proche des Halles. Pour lui, le vin se limite à un verre par mois. "Il y a souvent plus de choix de bières dans les endroits où je sors". Sur la chaise juste en face, Margaux acquiesce : "la bière est plus accessible au niveau du rapport qualité/prix".
"La notoriété des vins de Bourgogne les rend peut-être moins abordables", prolonge Christian Albouy, actionnaire de la cave Bacchus, rue Bannelier. La clientèle de cette boutique du centre-ville est essentiellement composée de quinquagénaires. "On a des jeunes de moins de trente ans mais ils travaillent souvent dans les milieux de la viticulture et de la restauration", indique le caviste.
C'est un phénomène culturel. Avant, il y avait beaucoup plus de repas de famille avec du vin à table. Aujourd'hui, on associe moins le vin à la convivialité.
Christian Albouyactionnaire de la cave Bacchus à Dijon
"Si tu n'as pas un minimum de connaissances, tu es mal vu"
"En soirée, je préfère un bon Jägerbomb qu'un verre de vin", sourit Bastien, 28 ans, installé place François Rude en compagnie d'une bande d'amis. "Le vin, ça reste exceptionnel, j'en consomme dans le cadre d'un repas mais je fais plus de soirées que de repas". "Ce n'est pas mon premier réflexe quand je fais un apéro", complète Alexandre, 29 ans, une bière à la main. "On peut mélanger les alcools forts avec n'importe quel diluant, alors que le vin peut ne pas forcément plaire à certaines personnes, le risque d'en apporter en soirée, c'est de contenter moins de monde", pense de son côté Henrianne, du haut de ses 26 ans.
"J'aurais du mal à offrir du vin à quelqu'un, j'aurais trop peur de choisir une piquette", confie Loïc, pas forcément très familier de l'univers viticole. "Quand je vais dans un supermarché, j'ai l'impression que toutes les bouteilles se ressemblent, il n'y a pas beaucoup d'informations sur les étiquettes". Le jeune homme regrette une forme d'élitisme : "Si tu n'as pas un minimum de connaissances, tu es mal vu par ceux qui maîtrisent les termes".