Procès Péchier : “C'est un peu léger quand on parle d'un mort !", l'accusé bousculé avant l'étude de sa personnalité

Ce jeudi 27 novembre se poursuivait le procès du médecin anesthésiste Frédéric Péchier, soupçonné d'avoir empoisonné 30 personnes, dont 12 mortellement, entre 2008 et 2017, dans deux cliniques privées de Besançon (Doubs). Revivez les temps forts de l'audience avec notre journaliste sur place, Jeanne Casez.

➜ Rendez-vous en bas de page pour lire les débats dans l'ordre chronologique.

18h30 : L'audience est suspendue, elle reprendra demain vendredi, à 9h du matin. Une page du procès se tourne. Les faits ne seront plus étudiés par la cour. Au cours des prochains jours, des témoins défileront à la barre pour aider à cerner la personnalité de Frédéric Péchier. À commencer par des médecins, dès demain matin.

Schwerdorffer, le retour

18h25 : Randall Schwerdorffer se lève. Il n’a que deux questions pour son client. “Quand avez-vous commencé à exercer à la clinique Saint-Vincent ?” “Janvier 2004.” “Et quelle est la date du premier empoisonnement dans ce dossier ?” “Fin 2008.” “Le 10 octobre 2008, exactement. (...) Avez-vous des explications sur l’absence d’empoisonnement entre ces deux dates [2004 et 2008] ?” “Je me suis toujours comporté comme durant mes premières années d’exercice, j’ai toujours été le même", répond Frédéric Péchier avant de voir son avocat poser son micro, la présidente suspendre l'audience, et la salle se vider.

Me Randall Schwerdorffer, avocat de Frédéric Péchier. • © Valentin Pasquier - France Télévisions

18h20 : Me Berna se projette vers la suite du procès. Et tente d’obtenir, sinon des aveux, un resserrement de l’étau autour de l’accusé. “Vous savez qu’on est arrivés au terme de l’examen des faits pour lesquels vous êtes accusé. Nous aborderons votre personnalité les jours qui viennent. (...) Vous renoncez donc définitivement aux excuses, aux pardons et aux explications ?”

Frédéric Péchier n’a pas l’air certain du sens de la question. Il répond : “Je nie les faits selon lesquels je suis un empoisonneur, ça c’est sûr.” “Très bien, c’est donc dans ce cadre qu’on entre dans l’examen de votre personnalité.”

18h15 : Pour rappel, trois anesthésistes de la clinique Saint-Vincent ont essuyé un évènement indésirable grave (EIG) sur l’un de leurs patients en l'espace de trois mois, en 2016. “Quelle probabilité y’avait-il pour que ça tombe sur les trois que vous ne pouviez plus blairer ?” provoque Me Giuranna qui n’hésite plus à être familier.

Frédéric Péchier contredit cette expression : il n’avait "plus de rapport avec eux, sauf en cas d’urgence". "Il y avait une chance sur 30 pour que ça tombe sur eux !" "Qu’est-ce que vous voulez que je vous réponde... Ce n’est pas moi."

Me Stéphane Giuranna, avocat de nombreuses parties civiles au procès de Frédéric Péchier. • © France 3 Franche-Comté

18h05 : Frédéric Péchier a manqué la réunion organisée par la clinique pour tenter d’éclairer les circonstance du décès de M. Collette. Me Giuranna lit le mail dans lequel il s’en excuse. “Désolé, je ne pourrai pas être là”, a écrit l’accusé à sa direction, à l’époque. “Et c’est tout !” s’offusque l’avocat. “C’est un peu léger quand on parle d’un mort ! Il y a 12 morts et les 12 fois, vous ne venez pas ! Alors que c’est une présence obligatoire.”

“Obligatoire, faut arrêter… y’avait pas d’obligation" selon l’accusé, qui ne met plus les formes. “J’avais autre chose à faire, je suis désolé, c’est comme ça.”

17h55 : Me Giuranna rappelle les conditions dans lesquelles Bertrand Collette est décédé. “Il crie ‘j’ai mal, je vais mourir !’, ça ne vous rappelle pas quelqu’un d’ailleurs ?” “Non.” “Mme Deblock [une patiente de la polyclinique] ! Elle a prononcé les mêmes mots, exactement !” s’exclame l’avocat, avant de progresser dans cette démonstration choc. “Arrêt cardiaque ! Glouglou, ça rentre dans sa veine. Deux témoignages qui disent 'la poche initiale, elle part avec lui'. D’ailleurs, on ne l'a pas [cette poche]. Ça continue de glouglouter, on a une kaliémie à 12 [un très haut taux de potassium]. Et ça vous suffit pas ?!”

Frédéric Péchier pense que la poche a été changée, et retient un taux de kaliémie à 5,9.

Patricia Collette, veuve de Bertrand Collette, avec leurs deux enfants, Rémy et Claudie. • © Fabienne Le Moing

17h50 : “Je voudrais vous parler de Bertrand Collette”, entame Me Giuranna qui défend la famille de ce patient. “Vous avez entendu sa fille hier. Qu’est-ce que ça vous a fait ?” “Ça m’a touché, j’ai senti toute sa détresse", accorde l'accusé les mains jointes.

L’avocat désigne du doigt une brune, le menton enfouie dans le col de son pull. Elle est assise dans le public, un rang devant sa maman. “Elle est là Claudie. Moi, elle m’a donné les larmes !” lance l’avocat dans un presque cri.

“Comme je vous dis, moi, je ne peux pas montrer de sentiment parce que de toute manière, tout va être détourné. Mais ça n’empêche pas que j’ai des émotions" dit Frédéric Péchier.

17h40 : Le Dr Assila a été décrite comme “indigne” par Frédéric Péchier au cours de l’instruction. Son avocat cherche à savoir pourquoi. “C’est venu comme ça” répond l’accusé, les coudes sur le pupitre et le regard orienté vers le bas. “Vous la trouvez indigne ?” L’accusé hésite, pèse ses mots. “Maintenant, je pense que oui.” “Et sa déclaration d’hier, vous l’avez trouvée indigne ?” “Je l’ai trouvée… pas très fidèle à la réalité.”

Kévin Louvet, avocat des Dr Jeangirard, Assila et de Bénédicte Boussard (patiente victime d'un arrêt cardiaque en avril 2009 à la polyclinique), lors du procès de Frédéric Péchier le 18 septembre 2025 à Besançon. • © Fabienne Le Moing / France Télévisions

17h35 : Le Dr Assila était enceinte de sept mois, et ce après avoir fait une première fausse couche, quand elle est partie en arrêt maladie des suites d’un conflit avec Frédéric Péchier, à l’automne 2016.

“Diriez vous que vous participiez à son bien-être à ce moment là ?” demande son avocat Me Louvet.

“Non, mais il y avait besoin de remettre certaines choses à leur niveau.”

“Besoin de remettre les pendules à l’heure, quitte à la mettre en détresse ?”

“Je pense pas que ça ait eu un tel effet…

“Un arrêt maladie de six semaines, tout de même.”

"Ça, c’était prévu à l’avance."

“C’est à dire ?”

“Elle savait déjà qu’elle allait démissionner et elle s’est mise en arrêt."

17h25 : L’audience est reprise. Avocat de parties civiles, dont la famille Bardot, Me Bouthier reproche à l’accusé d’avoir une personnalité “clivée”. “Quand ce sont vos patients, vous venez, vous faites tout bien au bloc à 6h du matin. Et pour répondre à quelque chose qui est central et lorsqu’il y a eu des vies restées sur le billard [les réunions autour des EIG auxquelles Frédéric Péchier n’a pas assisté], là, votre emploi du temps vous en empêche et ça ne vous affecte pas.” “Je n'ai pas dit que ça ne m’affectait pas”, répond l'accusé.

17h05 : L'audience est suspendue, elle reprendra à 17h20.

"Harcelé de questions"

17h : Ariel Lorach défend le Dr Serri. Son client a perdu plusieurs patients, dont Bertrand Collette, à l’automne 2016. “Vous avez huit ans + 3 mois [le temps de l'instruction] pour réfléchir à qui pourrait être l’empoisonneur si ce n’est pas vous ? Qui pourrait vous vouloir autant de mal ?", le sollicite l'avocate. "C’est une question que je me pose encore", retourne Frédéric Péchier.

Ariel Lorach, avocate de l'anesthésiste Sylvain Serri et le Dr Buet. • © Fabienne Le Moing - France Télévisions

16h45 : “Je vais arrêter de discuter avec vous. Je commence à en avoir marre d’avoir des questions à charge et agressives. C’est le cas depuis le début de ce procès”, s’agace l’accusé.

“Je ne pense pas avoir été agressive”, dit Christine de Curraize, qui lui reproche d'utiliser cet argumentaire quand il veut “reprendre le contrôle" sur les débats.

Alors, je n'ai aucun contrôle depuis le début. Je suis harcelé de questions systématiquement. Je crois n’avoir jamais eu une seule question à décharge. Je n'ai pas l’impression que ça se passe comme ça dans tous les procès.

Frédéric Péchier

16h35 : “2016 est une bonne année” pour l'accusé, a-t-il déclaré en début d’après-midi. L'avocate générale y revient. “Je pense que quand on va bien, on ne se bourre pas d’anxiolytiques. Avec le constat unanime des professionnels et d’autres connaissances qui disent que vous allez mal, et en corrélation avec une accélération des EIG [évènements indésirables graves] cette année là, et j’ai même envie de dire une perte de prudence de votre part, puisque vous fonctionnez à découvert. Est-ce qu’on ne peut pas faire de lien ?”

“Non, persiste Frédéric Péchier. Je pense que les antidépresseurs me faisaient du bien et que les anxiolytiques m’aidaient à dormir. Ce n'était pas un problème.”

Christine de Curraize, avocate générale lors du procès de Frédéric Péchier à Besançon. • © Fabienne Le Moing / France Télévisions

16h30 : Christine de Curraize prend le micro. Au début de l’enquête, Frédéric Péchier a reproché à d'anciens collègues de comploter contre lui pour lui faire "porter le chapeau".

“Force est de constater, M. Péchier, qui vous positionnez toujours dans le complot. (...) Y’a un moment où vous réalisez la gravité de ce que vous dites ? Que des personnalités de soignants soient prêtes à vous faire risquer un emprisonnement à vie, qu'ils voudraient finalement un peu votre peau… Je ne comprends pas moi !”

“Vous avez totalement raison. Il y a des écoutes téléphoniques qui sont claires. Vous n’avez peut-être pas pris la peine de les lire…”

“J’ai tout lu, M. Péchier !”

Pour l’accusé, “les gens” se mettent d’accord sur la version à donner au poste de police. “Ils savent que si jamais je ne suis pas incriminé, c'est chaque médecin qui va devoir répondre du cas de ses propres patients.”

16h20 : Le rouleau compresseur Brunisso avance. L’avocate générale aux cheveux roux pose des questions qui n’en sont pas vraiment, aux allures d’un réquisitoire. “Parmi les douze morts dont vous êtes accusé, neuf sont passés en première position dans la journée. Parce qu’ils sont mieux anticipés, mieux préparés par des pollutions de poche en amont et en utilisant des produits plus toxiques, car ce sont des produits que vous avez pu rechercher par anticipation. Alors que les empoisonnements en milieu de programme sont réalisés avec, si j'ose dire, ce que vous aviez sous la main ?"

“C’est votre déduction”, répond posément l'accusé, qui n’a “rien à en penser”.

Christine de Curraize et Thérèse Brunisso, avocates générales lors du procès de Frédéric Péchier à Besançon. • © Fabienne Le Moing / France Télévisions

16h15 : L'avocate générale poursuit cet interrogatoire offensif. “Les trois comploteurs subissent des empoisonnements avec le même produit, le potassium. Là-aussi, est-ce un hasard ?” Frédéric Péchier répond qu’il réfute l’empoisonnement de Messieurs Quenillet et Collette.

Thérèse Brunisso évoque alors l’empoisonnement de Sandra Simard, la patiente du Dr Balon Dole, qui a été admis par la défense dans cette cour d’assises. "Elle aurait dû mourir, Mme Simard, avec le taux de potassium qu’on retrouve dans sa poche, qui est le taux qu’on a retrouvé trois ans plus tôt dans la poche de M. Dos Santos, qui lui, est mort. Est-ce que là aussi, c’est un hasard ?"

"Je pense que oui, Mme Simard est une miraculée."

16h10 : Les docteurs Serri, Balon-Dole et Assila ont tous les trois été qualifiés de “comploteurs” par Frédéric Péchier. Anne-Sophie Balon-Dole vient d’arriver dans le public, elle écoute attentivement ce passage. “Est-ce que c’est un hasard que tous les trois se trouvent visés par un EIG [évènement indésirables graves] dans les semaines qui suivent ?” “Je pense”, répond Frédéric Péchier. “C’est un hasard, bien”, conclut, perplexe, l’avocate générale.

Les deux avocates générales du procès de Frédéric Péchier : Thérèse Brunisso (debout, micro en main) et Christine de Curraize (assise au milieu). • © Valentin Pasquier - France Télévisions

16h05 : “C’est du flan” a dit Frédéric Péchier aux enquêteurs au sujet des déclarations du Dr Assila. “Mme Assila est une menteuse ?”, provoque l’avocate générale. “Si j’ai dit ça à ce moment-là, c’est que je pensais que c’était pas vrai. Je ne varie pas dans mes réponses.”

16h : L’audience est reprise. Face à Frédéric Péchier, les jurés se passent une mallette noire de mains en mains. Probablement celle avec laquelle l'anesthésiste se rendait à la clinique. Pas de commentaire à ce sujet : l’avocate générale Thérèse Brunisso prend la parole. Le ministère public donnera le ton pour les minutes à suivre.

15h36 : L'audience est suspendue, elle reprendra à 16h.

"Je ne pense pas avoir d'aura"

15h35 : L’assesseur rappelle ensuite à l’accusé les déclarations du Dr Biais, en fin de matinée. “Il a expliqué ne pas avoir reconnu sa pratique d’anesthésiste en étudiant l’ensemble de ce dossier. Qu’est-ce que ça vous inspire ?”

“Ça m’inspire qu’on n’avait pas pris conscience du taux d’évènements indésirables graves à ce moment-là. On se raccrochait à la littérature.” Dans le public, la présidente de l’association des victimes Amandine Iehlen secoue la tête, visiblement consternée par cette réponse.

Et quid de la douleur au bras de M. Collette avant son opération ? L'accusé "pense que si à chaque fois qu'un patient se plaignait de douleurs au bras, il fallait enlever les perfusions, on enlèverait beaucoup de perfusions. C’est pas quelque chose qui est inhabituel. Il suffit que la perfusion soit mal placée, que le débit soit augmenté et vous avez de fortes chances que ça crée des douleurs." Cette fois-ci, c'est la veuve de Bertrand Collette qui secoue la tête.

15h30 : “Vous retenez le choc anaphylactique comme étant la cause de M. Collette et l’embolie gazeuse pour M. Quenillet. Est-ce que, pour faire simple, cela signifie que vous réfutez l’empoisonnement de ces deux patients ?” s'intéresse l'assesseur Anne-Sophie Willm.

“Je ne peux pas répondre à cette question, retourne l'accusé. Je ne suis pas expert. Les experts ont exprimé leur hypothèse, ils n’ont pas éliminé l’hypothèse d’un empoisonnement, sans finalement l’argumenter de façon très nette. Moi, personnellement, je pense que non, voilà."

Frédéric Péchier et sa soeur Julie, son avocate, arrive au tribunal de Besançon le 26 novembre 2025. • © Fabienne Le Moing - France Télévisions

15h20 : Delphine Thibierge persiste. Plusieurs témoins attestent du “statut particulier” de Frédéric Péchier à la clinique, en 2016, l'époque des faits. “Ils expliquent que tous se sentaient plus ou moins redevables de quelqu’un qui, non seulement, sauvait leur patient, mais avait les bons diagnostics avant tout le monde, et qui bénéficiait d'une certaine aura.”

Réponse de l'accusé : "Sur le fait que je faisais des diagnostics précoces, c’est arrivé deux fois, dans des conditions particulières, que les experts ont trouvés logiques. Et deuxièmement, je ne pense pas avoir d’aura, je ne l’ai jamais ressenti comme ça."

15h10 : “Le Dr Assila ne comprenait pas vos agissements. Votre responsabilité dans le départ de Mme Party, votre scission avec la société des anesthésistes… Elle trouvait que vous faisiez n’importe quoi, que ça partait dans tous les sens", lui dit la présidente.

Frédéric Péchier ne “pense pas”. “Je pense que j’ai eu une bonne année 2016. J’ai eu l’occasion de refaire une bonne partie des protocoles antidouleur. Je voyais tous mes patients…”

La famille Quenillet présente au procès du docteur Frédéric Péchier lors du 51e jour d'audience, avec, au premier rang avec sa veste verte, la veuve de Henri Quenillet. • © Fabienne Le Moing

15h05 : Delphine Thibierge en revient au sujet du Dr Assila. Cette anesthésiste était en conflit avec Frédéric Péchier le jour du décès de son patient, M. Quenillet. Elle l’accuse de l’avoir empoisonné.

“Pourquoi l’avoir traitée de comploteuse ?” interroge la présidente. Frédéric Péchier mentionne l’existence d’une réunion, “où manifestement, on ne voulait pas de [sa] présence”. “Pourtant, dans aucun des messages, il est question d’une réunion qui a été faite derrière votre dos ?" s'étonne la présidente. “Ben, justement, parce que ça a été fait derrière mon dos", renvoie l'accusé à la barre.

14h55 : La greffière projette à la cour un document, qui recense l’utilisation en potassium des anesthésistes et les cardiologues de la clinique. Frédéric Péchier était, de loin, celui qui en utilisait le plus. 132 ampoules sont recensées le concernant (pour une durée non précisée), contre 44 pour le Dr Cherreau, et moins de 10 ampoules pour la grande majorité des médecins.

“Pendant ces huit ans, j’ai été 274 fois de garde, se défend l’accusé. Et j’étais le seul à passer aux soins intensifs pour voir les patients, dont certains avaient besoin de potassium.”

Frédéric Péchier anesthésiste soupçonné d'empoisonnements. • © Valentin Pasquier - France Télévisions

14h45 : Comme de nombreuses fois depuis le début de ce procès, Delphine Thibierge questionne l’heure d’arrivée particulièrement précoce de Frédéric Péchier, le matin de ces deux évènements indésirables graves (EIG).

"J’étais de garde pour l’un des deux, je ne sais plus lequel… [l’accusé feuillette ses notes, puis trouve la réponse]. Pour M. Quenillet. Et pour M. Collette… Je suis venu de bonne heure, certainement, c’était exceptionnel, il m’est arrivé de venir travailler sur l’ordinateur du bureau, de revenir voir mes patients. Y’a rien de… À 6h du matin, y’a du monde dans la clinique."

Et "comment expliquer que ces exceptions surviennent le matin où surviennent deux événements graves inexpliqués ?" s'interroge la présidente. Frédéric Péchier n’a “aucune explication là-dessus”.

14h35 : Sans transition, la présidente passe au cas Quenillet. C'est-à-dire l’arrêt cardiaque inexpliqué de ce septuagénaire, au terme d’une opération de la prostate, le 21 novembre 2016. Et, idem que pour M. Collette : Delphine Thibierge soumet les expertises à l’accusé, qui retiennent l’intoxication au potassium, tantôt comme l’une des causes possibles, tantôt comme la cause privilégiée du décès de M. Quenillet.

“C’est une embolie gazeuse” pour Frédéric Péchier, qui regrette le changement d’opinion du Dr Assila à ce sujet. “Le Dr Assila dit que l’ECG [l’arrêt cardiorespiratoire] est dû à une hyperkaliémie, alors qu’elle disait dans une déposition antérieure ne pas avoir été capable de faire ce diagnostic. (...) C’est facile de revenir sur ses auditions."

Le Dr Loubna Assila, suivie de son avocat Me Louvet, au tribunal de Besançon. • © Fabienne Le Moing

14h25 : Frédéric Péchier a administré du gluconate de calcium à M. Collette, au cours de la réanimation. La présidente s’en étonne. “Il y a une unanimité, au sein du corps médical, pour dire que gluconate de calcium, c’est le traitement de choix de l’hyperkaliémie [excès de potassium]. Vos déclarations sont un peu dissonantes sur ce sujet, comment vous l’expliquez ?"

“Lors d’une réanimation après les mesures obligatoires, (...) je mettais du gluconate de calcium. C’était dans mon logiciel de pratique."

“D’accord, c’était dans votre logiciel.”

“Et, pardonnez-moi, mais je note que j’ai utilisé plusieurs fois du gluconate de calcium et personne [au bloc] ne m’a fait la remarque que c’était déplacé. Et je ne l’ai jamais fait en catimini.”

14h20 : Aucun des praticiens présents ce jour-là ne se souvient avoir appelé Frédéric Péchier en renfort. “Je ne vois pas pourquoi je serais venu sans qu’on me le demande. Surtout que j’étais dans un bloc”, affirme d’emblée l’ancien anesthésiste.

La famille de Bertrand Collette, mort le 31 octobre 2016 après un arrêt cardiaque suspect survenu à la clinique Saint-Vincent. • © Fabienne Le Moing - France Télévisions

14h15 : Delphine Thiberge relance l’accusé. “Comment expliquez-vous que tous [les experts] envisagent une administration exogène de potassium ?”

“Tous l'envisagent, il ne disent pas ‘c’est dû à ça’, à part Biais et Miras, ils disent qu'on ne peut pas ne pas l’évoquer."

“Ah bah oui, mais ce n’est pas rien quand même.”

“Évidemment que ce n’est pas rien !” s’emballe un peu Frédéric Péchier. L’accusé cite ensuite une déclaration du Dr Balon-Dole “qui dit que le dosage de kaliémie n’est pas une concentration importante qui expliquerait l’arrêt cardiaque.”

“On va peut-être se contenter de ce que disent les experts”, le rabroue la présidente.

14h05 : Place au sujet du jour : les deux derniers étudiés dans le cadre de ce procès. À commencer par celui de M. Collette, survenu le 1er novembre 2016, au CHU de Besançon, après son arrêt cardiaque à la clinique Saint-Vincent.

“Les deux collèges d’experts, comme le Pr Pili-Floury, retiennent l’hypothèse d’une administration exogène de potassium”, note la présidente, qui demande des observations à l’accusé. Frédéric Péchier semble en désaccord, et penche, lui, pour une anaphylaxie [une réaction allergique].

“Il me semble que le Pr Pili-Floury a parfaitement décrit la possibilité de débuter un choc anaphylactique par un arrêt cardiaque, et il a aussi expliqué qu’on avait une ascension significative des tryptases, qui sont les marqueurs principaux de l’anaphylaxie.”

Me Randall Schwerdorffer, avocat de l'accusé Frédéric Péchier. • © Sarah Rebouh - France Télévisions

14h : L’audience est reprise. L’accusé, pull noir et pantalon gris, s’approche de la barre. La présidente apporte une précision avant le début des hostilités. Le Dr Tracqui a retrouvé le fameux prélèvement de kaliémie à 4,29 (explications plus bas dans ce direct). “Un prélèvement qui a été fait à 12h05”, précise-t-elle.

13h55 : Nous sommes de retour dans la salle du Parlement, et, surprise : Randall Schwerdorffer aussi ! L’avocat était absent depuis lundi. Il revient pour défendre et soutenir son client au moment opportun. Dans quelques minutes, Frédéric Péchier passera de nouveau l'épreuve de l'interrogatoire. Le quinzième, et avant-dernier, depuis le début de ce procès.

12h10 : L'audience est suspendue, elle reprendra à 14h.

5 décès sur un million d'anesthésies

12h05 : Avant de libérer la cour, la présidente lit ce courrier d’un lecteur du Monde, qui mentionne un article sur les pratiques et les risques de l’anesthésie. Matthieu Biais en profite pour livrer son opinion plus personnelle sur l’ensemble de ce dossier.

“On a vu des cas extrêmement dramatiques, des complications opératoires. Si on prend un peu de recul, on sait que l’anesthésie est une pratique extrêmement sûre. La formation est excellente et s’améliore d’année en année. Nous sommes tous d’accord pour dire que le risque que c’est, 5 à 7 décès par millions d’anesthésie."

Quand on va se faire opérer, le risque réel, c’est de prendre sa voiture ou sa moto pour aller à l’hôpital.

Matthieu Biais, médecin réanimateur

"J’ai connu trois décès dans ma carrière, c’était extrêmement difficile. Mais c’étaient des décès qui étaient compris. Je n’ai jamais admis un patient qui avait fait un Takotsubo au bloc opératoire. Le défibrillateur, que dire de ça… Heureusement qu’on fait le ménage tous les jours au bloc opératoire, sinon il y aurait… de la poussière sur le défibrillateur."

En étudiant les dossiers de ces trente patients, dont certains sont malheureusement décédés, je ne me suis pas du tout reconnu dans ma pratique opératoire, ça n’est pas la vraie vie du bloc opératoire.

Matthieu Biais, médecin réanimateur

11h55 : Julie Péchier n’a pas davantage de question. “C’est pas terminé pour autant” : la présidente demande aux experts de commenter des documents, versés aux débats au sujet d’une prétendue dégradation de l’adrénaline dans une poche. Cette question avait été soulevée par la défense pour interroger les résultats toxicologiques.

Matthieu Biais s’exécute. “Nous avons deux articles en notre possession qui ont étudié la stabilité de l’adrénaline lorsqu’elle était reconditionnée dans différentes conditions.” Et en donne les conclusions : “Le reconditionnement de l’adrénaline n’entraîne pas de changement de couleur du soluté à 45 jours, à température ambiante. On peut aller au-delà, à 60 jours, mais c’est en condition réfrigérée. Et pas de modification d’activité, ce quel que soit le lieu de conservation.”

Alain Miras, chef de réanimation au CHU de Bordeaux, vient présenter son expertise des cas Boussard, Voniez et Deblock, coréalisée avec son collègue Matthieu Biais. • © Denis Colle - France Télévisions

11h40 : Me Péchier se base à présent sur les déclarations du Dr Assila. “À ce moment là, je ne fais aucun lien avec les QRS larges et l’hyperkaliémie [l'excès de potassium] à la lecture du scope” a dit l’anesthésiste de M. Quenillet aux enquêteurs, le 2 mars 2018. “Elle explique qu’elle a administré du gluconate de calcium et du bicarbonate de sodium sans soupçonner une hyperkaliémie. Est-ce que ça appelle des observations de votre part ?” lance l’avocate.

“Difficile de commenter ces déclarations” pour Alain Miras. “Jusqu’à preuve du contraire, la seule cause qu’on peut retenir, c’est l’administration de potassium. Après, on ne va pas contextualiser l’ensemble du dossier.”

“J’entends que vous n’y répondrez pas.”

“Ce n’est pas que j’y réponds pas, c’est qu’il m’est difficile de commenter, c’est différent.”

"Oui, enfin... Vous auriez pu donner votre avis.”

“Maître, c’est sa réponse…”, tranche la présidente.

Julie Péchier lance une dernière pique. “Vous étiez quand même un peu plus complets dans vos conclusions écrites, en mentionnant qu’aucun élément paraclinique ne permettait de valider cette hypothèse.”

Julie Péchier, avocate aux côtés de son frère Frédéric Péchier, médecin anesthésiste soupçonné d'avoir empoisonné des patients. • © SEBASTIEN BOZON / AFP

11h25 : Julie Péchier, qui défend provisoirement son frère cette semaine, donne quelques précisions sur les conclusions du Dr Tracqui et du Pr Diemunsch. “Ils retiennent une embolie gazeuse progressive, et non massive. Et ils avancent que c’est très documenté en littérature médicale.” Matthieu Biais n’a “pas connaissance de cette littérature”. Il revient sur cet “EtCO2 qui monte” : “rien que ça, c’est suffisant pour dire que l’embolie gazeuse ne peut être retenue.” C’est pourtant le contraire, selon le Pr Diemunsch et cet article, cité par Me Péchier. Pour Matthieu Biais, il y a nuance, "l’EtCO2 peut monter, mais c’est uniquement pendant l’arrêt cardiaque", et non pendant l'opération.

Réponses "lunaires"

11h05 : Me Berna consolide ces conclusions expertales, dans l’intérêt de ses clients : la famille Quenillet, qu’il défend. Quitte à enfoncer les autres experts. “Je suis ravi d’entendre ce que vous dîtes au sujet de l’embolie gazeuse. Franchement, hier, les réponses me paraissaient quand même assez lunaires, même à moi qui ne suis pas spécialiste.”

Puis l’avocat rappelle cette kaliémie à 4,29, brandie par les co-experts de la veille, mais dont on ne retrouve pas la trace. “Nous, on n’a pas cet élément dans le dossier”, regrette Matthieu Biais. Alors Me Berna s’exaspère. “C’est quand même embêtant qu’ils [Pierre Diemunsch et Antoine Tracqui] posent un diagnostic sur un élément factuellement faux. Je me permets d’insister, parce qu’encore une fois, hier, la famille était un peu surprise !”

Frédéric Berna (à droite), l'un des avocats de Jacqueline Jacob, à Nancy (Meurthe-et-Moselle). • © JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

10h50 : Matthieu Biais prend la parole à son tour. Le médecin réanimateur remet le sujet de l’embolie gazeuse sur la table. Et il démonte cette thèse étape par étape. “On ne fait pas une embolie gazeuse comme ça. Le premier facteur de risque, c’est un saignement. Or, on voit dans le compte rendu opératoire que le saignement était extrêmement minime.” Ensuite, “on ne parle pas de n’importe quelle embolie gazeuse, mais d’une embolie gazeuse massive pouvant entraîner un arrêt cardiaque. Pour que l’air rentre dans une veine, il faudrait un trou dans une veine de gros calibre.”

Les autres experts, Antoine Tracqui et Pierre Diemunsch, s’étaient entre autres appuyés sur la présence de bulles d’air dans les cavités pour valider cette piste. Mais “tout clinicien réanimateur sait que quand on passe des produits un peu rapidement au cours d’une réanimation, on observe des bulles d’air, c’est classique”, évacue Matthieu Biais. Dernier désaccord : l’augmentation du taux de CO2 expiré est, selon le spécialiste,"un argument contraire" et non révélateur d’une embolie gazeuse.

La famille Quenillet présente au procès du docteur Frédéric Péchier lors du 51e jour d'audience, avec, au premier rang avec sa veste verte, la veuve de Henri Quenillet. • © Fabienne Le Moing

10h40 : Deux explications possibles pour les co-experts. Première hypothèse : “un trouble du rythme sur un terrain de coronaropathie ischémique chronique [une insuffisance d'oxygénation du cœur]”, néanmoins "pas privilégiée en l'absence de troubles à l’échographie”, expose Alain Miras. Deuxième hypothèse : une hyperkaliémie [un excès de potassium], préférée par le médecin légiste, en raison, une fois de plus, de “cette kaliémie anormale” mesurée chez le patient.

10h35 : “Les dosages des tryptases [un marqueur sanguin] sont normaux, on peut éliminer la cause allergique comme étant responsable de cet arrêt cardiorespiratoire” énumère Alain Miras qui réfute aussi la thèse d’un pneumothorax compressif. Mais les experts écartent aussi la piste d’une embolie gazeuse, et se distinguent, en ce sens, de leur confrères entendus hier.

Une photo d'Henri Quenillet dans sa jeunesse. Le 21 novembre 2016, à 73 ans, il mourrait après un arrêt cardiaque suspect survenu à la clinique Saint-Vincent. • © DR

10h25 : Une fois encore depuis le début de ce procès, les experts ont manqué de matière pour étudier les évènements de cette triste journée. “Nous n’avons plus aucune information objective dans les suites du compte rendu d’anesthésie. La 'feuille de réa' n’est dans aucun dossier transmis”, est-il écrit sur l’une des diapositives.

10h20 : Le diaporama des experts revient sur les écrans de la cour. Cette fois-ci, c’est le nom de Henri Quenillet qui s’affiche sur fond bleu. Pour mémoire : ce patient de 73 ans a fait un arrêt cardiaque à la fin d’une opération de la prostate, le 21 novembre 2016. Il est décédé le lendemain à 1h20 du matin, malgré les efforts des médecins réanimateurs du CHU de Besançon.

10h : L'audience est suspendue, elle reprendra à 10h20, avec l'étude des causes du décès de M. Quenillet.

11 de potassium, "du jamais vu"

9h55 : Julie Péchier s’interroge : pourquoi les experts envisagent l’hypothèse allergique dans leurs conclusions, pour finalement l’éliminer ? “Quand on fait des conclusions, on prend les hypothèses une par une, en disant ‘celle-ci, on peut l’éliminer de manière formelle, celle-ci non'”, explique Alain Miras. “Maintenant, encore une fois, quand on a évalué les causes possibles, quand on agrège tout cela, surtout avec des taux de potassium à 11 ou 12 alors que M. Collette bénéficie d’un traitement… Une participation allergique peut avoir aggravé le tableau, mais en aucun cas être causale.”

L'avocate acquiesce, mais elle note que ces conclusions sont différentes de celles des experts Tracqui et Diemunsch. Stéphane Giuranna monte au créneau : il n'est pas d'accord et cite la presse. "C'est écrit partout, si les journalistes ont entendu pareil que moi, c'est peut-être que c'est ce qui a été dit !"

Christine de Curraize se lève pour le répéter : 11 de potassium, c'est "du jamais vu" par plusieurs professionnels interrogés.

Frédéric Péchier, défendu par sa soeur, Julie Péchier • © Valentin Pasquier

9h45 : Stéphane Giuranna défend la famille Collette. Il le fait savoir aux deux experts, et se lance dans une démonstration. “Vous me dites si ça vous convient, ou si ça vous convient pas. Ou si j’ai tort, ou si j’me trompe, ou si j’ai raison.” Les experts attendent la suite. Me Giuranna rappelle que selon le collège d'expert précédent, "il peut y avoir eu les deux [une allergie et une hyperkaliémie] mais en aucun cas l’allergie n’aurait pu causer l’arrêt cardiaque. Qu’est-ce que vous en pensez, vous ?" Matthieu Biais est "tout à fait d’accord avec cette analyse".

9h30 : Christine de Curraize creuse le dossier, pour écarter un peu plus loin la thèse d’une réaction allergique. “Ce tableau électrique extrêmement typique d’une hyperkaliémie, est-ce que c’est un tableau clinique qu’on peut retrouver dans le cas d’une allergie ?", questionne l'avocate générale. “La réponse [de Matthieu Biais] est oui. Ce sont des tableaux rares, voire rarissimes, mais ils existent."

Bertrand Collette a fait un arrêt cardiaque avant même le début de son opération, en 2016. • © France Télévisions

9h20 : L’hyperkaliémie exogène [l’administration de potassium dans le corps du patient] “reste l’hypothèse la plus probable” des experts. Et ce, “quand on agrège toutes les données cliniques, mais également la douleur lors de la perfusion”, commente Alain Miras, qui le rappelle : Bertrand Collette s’est plaint de douleurs au bras avant d’être endormi.

9h15 : Les deux experts n’excluent pas non plus la possibilité d’une réaction allergique. “C’est peu probable, mais nous n’avons pas d’arguments formels pour l’éliminer”, commente Alain Miras. Quant à une intoxication aux anesthésiques locaux, c'est possible aussi, selon eux. Le médecin légiste note une “compatibilité clinique” avec cette hypothèse. "Il n'y a pas eu d'administration de lidocaïne [un anesthésique local] selon le dossier, mais une poche de soluté serait manquante dans les séquestres.”

Matthieu Biais et Alain Miras, experts dans le procès de Frédéric Péchier. • © Sarah Rebouh / France Télévisions

9h10 : Alain Miras s’attarde sur ces taux de kaliémie [de potassium] “très élevés”, prélevés dans le sang du patient après son transfert au CHU de Besançon. D'après lui, “l’obtention de renseignements complémentaires permet une analyse différente de l’hyperkaliémie observée à la clinique au cours de cette réanimation prolongée, et doit faire envisager clairement l’hypothèse d’une administration exogène de potassium.”

9h05 : Alain Miras rappelle les évènements du 31 octobre 2016, le jour où Bertrand Collette devait se faire poser une prothèse de hanche, à la clinique Saint-Vincent. Cet homme de 56 ans ne sera pas opéré : il fera un arrêt cardiaque avant même le début de l'intervention, et il décédera le 1er novembre, à 16h59, au CHU de Besançon.

Alain Miras commente ses expertises, réalisées conjointement avec l'expert Matthieu Biais, face à la cour d'assises de Besançon le 19 septembre 2025. • © Valentin Pasquier - France Télévisions

9h : L’audience est reprise. C’est le 53e jour d’audience, et la dernière fois que des cas de patients sont étudiés par la cour. Les experts sont prêts à déposer. Alain Miras est médecin légiste. Il commentera son diaporama, installé à la droite de la cour, près de la greffière. Matthieu Biais, chef du service de réanimation du CHU de Bordeaux, l’accompagne à la barre.

7h45 : Bienvenue dans ce direct. Tout au long de la journée, vivez à nos côtés le procès du médecin anesthésiste Frédéric Péchier, comme si vous étiez dans la salle d'audience. L'audience commencera à 9h avec les dépositions des experts Matthieu Biais et Alain Miras. À 14h, Frédéric Péchier répondra aux questions de la cour, pour la 15e fois depuis le début de ce procès fleuve.

Le docteur Péchier est soupçonné par la justice d'avoir empoisonné 30 personnes, dont 12 mortellement, entre 2008 et 2017. Son procès devant les assises au tribunal de Besançon doit se terminer la semaine du 15 décembre au terme de 15 semaines de procès. Il comparait libre, il n'a jamais été incarcéré durant les 8 années d'instruction.

Que s'est-il passé la veille ?

La veille, mercredi 26 novembre, le Dr Assila a livré une déposition "coup de poing" (selon l'expression de Me Berna) dans la salle du Parlement. Confrontée au décès de son patient, alors enceinte de huit mois et de retour d'arrêt maladie, cette anesthésiste n'a exprimé aucun doute sur la culpabilité de Frédéric Péchier. "Il n’a pas hésité à m’infliger cette épreuve, en prenant le risque que je perde à nouveau un enfant.” Selon elle, "c'est un monstre", "les aveux, on ne les aura pas".

Au nom de toutes les familles de victimes, la fille de Bertrand Collette, décédé en 2016 des suites d'une opération de la hanche, a aussi raconté la difficulté "de dire au revoir à son papa à l’hôpital sans comprendre pourquoi il meurt", "que d’entendre qu’il s’est vu mourir dans d’atroces douleurs dans cette cour d'assises, alors que nous avions toujours cru qu’il était parti paisiblement".

L'après-midi s'est soldée par des débats techniques, avec la dernière déposition des experts Tracqui et Diemunsch. Après l'étude des décès de Messieurs Quenillet et Collette, ces deux médecins ne les expliquent pas par un empoisonnement. Mais l'insistance des avocats des parties civiles les a poussés à nuancer leurs résultats. Plus de détails sur ce lien :

Pourquoi la justice soupçonne le docteur Péchier ?

Frédéric Péchier, ancien médecin anesthésiste, a travaillé au sein de la clinique Saint-Vincent, mais également de la polyclinique de Franche-Comté, à Besançon, entre 2008 et 2017. À cette époque, plusieurs EIG, acronyme utilisé pour "événements indésirables graves", se produisent dans ces deux établissements privés de soin, dans une proportion démesurée.

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Notre journaliste Sarah Rebouh vous aide à comprendre les enjeux du procès de l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier, en moins de 3 min. • ©Sarah Rebouh / France Télévisions

De trop nombreux patients qui ne présentent pas de fragilités particulières, font des arrêts cardiaques en pleines opérations chirurgicales. Sur 30 cas dont la responsabilité est attribuée à Frédéric Péchier par les enquêteurs, douze décèdent. L'anesthésiste, un professionnel particulièrement impliqué dans son travail selon ses pairs, est soupçonné d'avoir provoqué ces incidents médicaux pour faire valoir ces qualités de réanimateur, mais aussi pour nuire à certains de ses collègues avec qui il était en conflit.

Frédéric Péchier a toujours nié fermement les faits. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité. Ce dernier comparaît libre, sous contrôle judiciaire. Son procès doit durer 15 semaines, du 8 septembre au 19 décembre 2025.

➜ Relire tous nos articles au sujet de l'affaire Péchier.

Les grandes dates de l'affaire Péchier

  • 11 janvier 2017 : une femme de 36 ans fait un arrêt cardiaque inexpliqué à la Clinique Saint-Vincent à Besançon alors qu'elle est opérée.
  • 20 janvier 2017 : un nouveau malaise cardiaque inexpliqué se produit dans la même clinique. Des fortes quantités de potassium ou d'anesthésique, à dose létale, sont retrouvées dans les poches d'anesthésie des deux patients.
  • 6 mars 2017 : Frédéric Péchier est placé en garde à vue et mis en examen pour "empoisonnements avec préméditation" sur sept patients, dont deux sont morts entre 2008 et 2017. Il clame son innocence.
  • Décembre 2017 : les corps de quatre personnes dont les morts sont suspectes sont exhumés pour analyses. La justice n'ordonne ce type d'acte que très exceptionnellement.
  • 17 mai 2019 : le docteur Péchier est mis en examen pour 17 nouveaux événements indésirables graves (EIG). Il clame toujours son innocence. Il n’a plus le droit de paraître dans le Doubs.Il ne peut plus exercer son métier.
  • 1er octobre 2021 : Frédéric Péchier fait une tentative de suicide en se défenestrant du premier étage.
  • 27 septembre 2022 : les soupçons concernent désormais 32 patients qui auraient été empoisonnés dont 13 mortellement.
  • 22 mars 2023 : Frédéric Péchier est mis en examen pour 30 cas, dont 12 mortels.
  • 5 août 2024 : le médecin anesthésiste est renvoyé devant la cour d'assises du Doubs pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels.
  • 8 septembre 2025 : ouverture prévue du procès de Frédéric Péchier devant la cour d'assises du Doubs. Il doit durer 15 semaines.

France 3 Franche-Comté se mobilise pour vous faire vivre le procès de Frédéric Péchier, comme si vous y étiez. Du 8 septembre au 19 décembre 2025, suivez les débats en cours dans la salle d'audience, en direct sur notre site internet, grâce à nos journalistes web sur place Jeanne Casez, Antoine Comte et Sarah Rebouh.

Avec la collaboration de Sophie Courageot, rédactrice en chef adjointe et Morgane Hecky, chargée d'édition numérique et des équipes de reportage présentes à l'audience.

Me Stéphane Giuranna, avocat de nombreuses parties civiles au procès de Frédéric Péchier. • © France 3 Franche-Comté
Kévin Louvet, avocat des Dr Jeangirard, Assila et de Bénédicte Boussard (patiente victime d'un arrêt cardiaque en avril 2009 à la polyclinique), lors du procès de Frédéric Péchier le 18 septembre 2025 à Besançon. • © Fabienne Le Moing / France Télévisions

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