Féminicide à Besançon : la victime avait déposé deux plaintes contre le mis en cause, déjà condamné pour harcèlement moral sur une autre femme

Jeudi 20 novembre 2025, une femme de 32 ans a été abattue devant son domicile, à Besançon (Doubs). Le suspect principal est son ex-compagnon de 34 ans, appréhendé par le RAID après s'être retranché à son domicile. La victime avait déposé deux plaintes contre le mis en cause, déjà condamné pour harcèlement moral sur une autre femme.

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"Oui, il s'agit d'un féminicide. Et une enquête a été ouverte pour assassinat". Les premiers mots du procureur de la République de Besançon Cédric Logelin ne laissent pas place aux doutes.

Ce jeudi 20 novembre 2025, vers 7h du matin, une femme de 32 ans a été abattue par deux balles, en sortant de son domicile situé à Besançon, au quartier des Prés-de-Vaux, alors qu'elle se dirigeait vers sa voiture pour se rendre au travail.

Un dispositif qui a mobilisé près d'une centaine d'agents

Les coups de feu ont alerté les voisins, qui ont prévenu la police. "Sur place vers 8h, ils constataient la présence d'une femme inanimée, à proximité de son véhicule, décédée par arme à feu" détaille Cédric Logelin. Les soupçons s'orientaient très vite vers l'ex-compagnon de la victime, âgé de 34 ans. "Les témoins avaient vu un homme s'éloigner, porteur d'une arme longue de type fusil ou carabine".

Un important dispositif avait été déployé par les forces de l'ordre à Ornans pour intercepter Guillaume K. Ici, un sniper, prêt à être utilisé contre le mis en cause, retranché chez lui. © Laurent Brocard - France Télévisions

Le tireur présumé était rapidement localisé à son domicile, à Ornans, retranché et armé. Après une sécurisation du périmètre par les gendarmes, les policiers du RAID, arrivés sur place depuis Strasbourg et Nancy, ont pris les négociations en mains.

Au bout d'une heure, après deux appels téléphoniques, le mis en cause décidait de se rendre en posant son arme sur la fenêtre.

Cédric Logelin,

procureur de la République de Besançon

Vers 13h, l'individu se rendait et était interpellé sans incident. Il était immédiatement placé en garde à vue pour le chef d'assassinat.

Le tireur présumé, un homme de 34 ans, s'était retranché chez lui, rue Pierre Vernier, à Ornans. © Laurent Brocard - France Télévisions

À l'heure où nous écrivons ces lignes, cette garde à vue n'est pas terminée. L'audition du mis en cause se poursuit. Des témoins seront aussi interrogés, et des investigations téléphoniques réalisées. Une autopsie de la victime aura lieu demain, vendredi 21 novembre, dans l'après-midi.

La victime avait déposé deux plaintes contre le mis en cause

"Cet individu était connu des services de police et de la justice" révèle Cédric Logelin. "Il a été condamné à 5 reprises entre 2019 et 2024 pour des infractions routières, des dégradations et enfin pour harcèlement moral commis sur une ancienne compagne", dont il n'avait pas le droit de s'approcher. Élément important, cette femme n'est pas la victime tuée ce 20 novembre, il s'agissait d'une autre ancienne concubine. 

Le RAID a été mobilisé ce jeudi 20 novembre 2025, pour appréhender le forcené. © Laurent Brocard - France Télévisions

Mais un passif judiciaire reliait également le meurtrier présumé et sa victime. "Elle avait déposé plainte" contre lui "en février 2025 pour des faits d'atteinte à la vie privée" explique Cédric Logelin. "Lors de son audition, elle avait indiqué que malgré leur relation conflictuelle, elle n'avait jamais été victime de violence". Le mis en cause devait venir s'expliquer de ce comportement à la fin du mois, devant un juge du parquet de Besançon.

Une plainte avait également été déposée par la victime le 7 octobre 2025 pour des dégradations sur son véhicule, pour lesquelles elle soupçonnait le mis en cause. Cette procédure était toujours en cours.

Cédric Logelin,

procureur de la République de Besançon

Y avait-il eu des mesures d'éloignement requises contre cet individu après ces deux plaintes ? "La victime était accompagnée par France Victimes 25. Une rencontre avait été organisée avec un psychologue" précise le procureur. "Le 24 octobre, elle avait reçu un bouton "Monsherif" [bouton d'alerte pour les femmes en dangers, NDLR]. On n'a pas connaissance de nouveaux contacts, de nouvelles menaces, entre la victime et le mis en cause jusqu'à aujourd'hui".

Le sursis probatoire encouru par le mis en cause était lié à des faits commis sur une autre personne, il n'y avait pas d'interdiction de contact entre la victime et le mis en cause. 

Cédric Logelin,

procureur de la République de Besançon

Le mis en cause s'était déjà retranché chez lui il y a un mois

Élément troublant, cet homme s'était déjà fait remarquer par la justice il y a quelques mois, le 7 octobre dernier, dans des circonstances quasi similaires. Il s'était en effet déjà retranché chez lui, au même endroit, après avoir refusé une prise en charge médicale, en menaçant de se suicider avec une arme à feu. Le GIGN était intervenu et, déjà, l'homme s'était rendu après 4 heures de négociations.

"Il s'agirait bien de ce même mis en cause" a confirmé le procureur. "Au cours de cette intervention d'octobre, aucune arme n'avait été trouvée et aucune infraction n'avait été relevée. Il s'agit d'une procédure qui avait été réglée administrativement".

Le trentenaire avait été interné en hôpital psychiatrique. Il était ressorti au bout de quelques jours, libre de ses mouvements, sans poursuite judiciaire. Un mois plus tard, il est fortement suspecté d'avoir assassiné son ex-compagne.

Des investigations sont en cours pour savoir quand est-ce que cet individu est rentré en possession de l'arme, et est-ce qu'il l'aurait dissimulé lors de l'intervention des gendarmes en octobre. 

Cédric Logelin,

procureur de la République de Beançon

La garde à vue durera au maximum 48h. Ensuite, le suspect sera présenté à un juge d'instruction ce week-end.

Un drame qui pose question

Quelques heures après le drame, ces événements soulèvent de multiples questions. Pourquoi cet homme, déjà condamné pour harcèlement moral sur une autre ex-concubine et visé par deux plaintes déposées à son encontre par la future victime, n'avait-il pas reçu une interdiction de contact avec cette femme de 32 ans tuée ce 20 novembre ?

Comment, au sortir d'une hospitalisation en établissement psychiatrique et alors que les autorités connaissaient ses antécédents, n'a-t-il pas bénéficié d'un suivi plus drastique ? Pour le moment, ces interrogations légitimes restent en suspens. Mais ne manqueront pas de faire parler alors que depuis le début de l'année 2025, ce sont désormais 145 femmes qui ont été victime d'un féminicide.

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