Le retour d'un "Enterrement à Ornans" : après quinze mois de restauration, le chef-d'œuvre de Courbet retrouve les galeries du Musée d'Orsay

De retour dans la lumière après quinze mois d'une restauration spectaculaire menée en public au Musée d'Orsay, le monumental Enterrement à Ornans s'offre une cure de jouvence historique. L'occasion de redécouvrir le grand manifeste réaliste de Gustave Courbet, qui, derrière ses airs de fresque funèbre figée, n'est autre qu'une audacieuse composition chorale tout droit sortie des terres franc-comtoises.

Sur la toile, le cercueil s'apprête à disparaître dans la fosse creusée à même la terre, entouré d'une foule compacte, grave et bigarrée. Entre mai 2025 et août 2026, ce mastodonte de la peinture peint en 1850 (près de sept mètres de long sur plus de trois mètres de haut) a bénéficié d'une restauration complète, la plus importante depuis son entrée dans les collections nationales en 1881.

Une résurrection bienvenue pour ce tableau phare qui a perdu ses couches de vernis assombrissantes au fil d'un chantier pas comme les autres.

Un chantier sous l'œil des visiteurs

Durant ces quinze mois, les visiteurs ont pu suivre l'avancée du chantier en direct, derrière les baies vitrées d’une salle d'exposition aménagée spécialement. Une manière d'ouvrir les coulisses au public : comme l'a souligné Annick Lemoine, la présidente du musée d'Orsay, l'objectif était de "faire découvrir les enjeux liés à la restauration et à la conservation des œuvres".

Ce travail minutieux a finalement "permis de restituer à l'œuvre une apparence aussi proche que possible de son état d'origine", saluent les professionnels. Une redécouverte totale pour cette toile que la présidente du musée qualifie d'"emblématique du XIXe siècle et de nos collections".

L'audace franc-comtoise au cœur de l'art

Tout commence véritablement au Salon de 1849, où le peintre décroche une médaille pour son Après-dînée à Ornans, s'évitant ainsi l'épreuve du jury les années suivantes. Fort de ce succès, le jeune artiste de 30 ans envoie à Paris trois gigantesques toiles ancrées dans son quotidien natal, dont cette immense pièce maîtresse. En accordant le traitement fastueux d'un événement historique à ce rassemblement de villageois de la "petite Venise comtoise", Courbet pulvérise les codes de l'époque.

Ses personnages sont peints grandeur nature, un privilège jusque-là réservé aux saints ou aux rois, et s'exhibent sans la moindre idéalisation. Pour composer cette foule réaliste, le peintre a fait poser ses propres concitoyens et proches, mêlant ses sœurs (Juliette, Zoé et Zélie) en pleureuses, le maire de l'époque Prosper Teste, ainsi que des figures pittoresques du cru comme le curé, les fossoyeurs et les fameux bedeaux aux trognes aussi rouges que leurs habits, qui firent éclater de rire les critiques parisiens. Gênés par ce face-à-face imposé avec des gens de la campagne, ces derniers s'indignèrent de cette "laideur vulgaire" et décrièrent des personnages jugés "ignobles", révélant la méfiance de la haute société parisienne envers le monde rural et les classes laborieuses.

Une œuvre monumentale

S'y ajoutant aux côtés de L'origine du monde, L'atelier du peintre et Le désespéré, Un enterrement à Ornans rassemble des villageois pour des obsèques dont l'identité précise reste enveloppée de mystère. Une belle façon de rappeler que si ce rassemblement n'a jamais existé sous cette forme exacte dans la réalité, le chef-d'œuvre, lui, est plus éclatant et vivant que jamais.

Une vitalité qui fait écho à une autre page d'histoire locale : car si le peintre s'est éteint en Suisse en décembre 1877, il a eu droit, lui, à un second enterrement à Ornans dans le Doubs bien réel, en juin 1919, après un exil posthume de plus de quarante ans qui l'a ramené pour de bon dans sa terre natale.

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