"Quand on me dit que mon livre est le premier qu'on a fini, ça me retourne comme une crêpe": Sandrine Beau, la romancière qui sait parler aux enfants

Cet article parle d’une fille qui s’appelle Sandrine, qui rêvait de faire du cinéma et qui finalement écrit des livres. Beaucoup de livres. Et vu qu’en même temps elle obtient beaucoup de récompenses pour ses ouvrages, on se dit que la vie ne fait pas trop mal les choses.

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"Ça va ? Je n’ai pas les joues trop rouges ?".

On allait démarrer l’interview. Et j’ai senti dans cette phrase un léger stress que Sandrine tentait de camoufler derrière son joli sourire et sa robe rouge à pois blancs.

Cette phrase, quand on bosse en télé, on l’entend souvent. Nos interlocuteurs, plus ou moins rompus à l’exercice de l’interview, la posent régulièrement. Un peu pour se rassurer. Et aussi beaucoup parce qu’ils craignent de montrer leur inquiétude.

Sandrine Beau a publié près de 120 romans et livres jeunesse et obtenu plus de quarante prix littéraires. © France 3 Franche Comté

Sa question posée, je me suis fait la réflexion qu’on peut avoir été animatrice radio pendant 18 ans, pratiquer l’art du clown ou sillonner la France des salles de classe et des salons du livre jeunesse et avoir toujours un peu les foies quand il s’agit de parler de soi.

Je me suis aussi dit que c’était touchant, parce que cette femme est juste une perfectionniste. Dans ses écrits, car certains sujets ne permettent pas l’à-peu-près, mais aussi dans ses prises de paroles, qu’elle adapte toujours au public rencontré.

Et parce qu’elle allait aussi un peu se livrer et qu’on a toujours un peu la crainte de mal répondre. Une interview de 45 minutes, ça laisse quand même 2700 secondes pour dire n’importe quoi. Et ça, Sandrine, elle n’aime pas.

Jojo Lapin

"Clap !", font ses deux mains, au moment de claper. C’est la première fois qu’elle clape, Sandrine. Le clap, au cinéma comme en télé, c’est ce qui permet de synchroniser une ou plusieurs caméras avec le son. Le clap est à la télé ce que le pistolet est au départ d'une course d'athlé. Après, il y a plus qu’à y aller.

Alors elle oublie sa légère appréhension et elle commence à se livrer, Sandrine. Vous vous souvenez de Jojo Lapin ? Ce héros de livres pour enfants, star des années 70 ? Les aventures du gentil héros de la romancière anglaise Enid Blyton (l’autrice également, entre-autre, de Oui-Oui) a été le premier livre qu’elle a lu, lui ouvrant le champ des possibles.

Moi qui me suis beaucoup ennuyée enfant, la lecture a été la porte d’entrée vers un monde fantastique et je n’ai plus cessé de lire.

Sandrine Beau, romancière

La bibliothèque rose, la bibliothèque verte, avec notamment la découverte du Club des Cinq (encore d'Enid Blyton). Et puis arrive le livre qui change tout. C’est "La vie devant soi", de Romain Gary. Sandrine a dix ans, la littérature sera sa grande passion.  

Merci la FEMIS

Sandrine est fille unique. Sa maman a fait plein de métiers différents. Son papa bossait dans les Télécoms. Donc aucun lien de près ou de loin avec l’univers de la littérature, hormis le fait qu’ils étaient de grands lecteurs. La jeune femme, dans les années 90, ne se sent pas légitime pour espérer faire de la littérature sa profession. "Je pensais qu’écrivain était une sorte d’héritage familial, puisqu’il n’y avait pas de formations à l’époque à cela. J’ai donc décidé, après un Deug, de tenter le concours d’entrée dans la prestigieuse école de cinéma de la FEMIS, car c’était mon autre passion avec l’écriture. Le problème, c’est qu’il n’y avait que vingt places et beaucoup de candidats. Il y a eu quatre étapes de sélection et je me suis vautrée à la dernière !"

Sandrine Beau revient sur son parcours et explique son quotidien d'autrice jeunesse. © France Télévisions

Elle s’est remise de cette déception et a embrassé une jolie carrière d’animatrice radio en Franche-Comté, au grand plaisir des auditeurs d’ICI Besançon (à l’époque France Bleu). Sandrine aura couvert toutes les tranches horaires de la FM, dirigé des émissions, réalisé des interviews et des reportages avant... de tout lâcher.

L'hippopotin, à jamais le premier

Elle a eu le déclic en racontant à sa fille une histoire sur ses frères et sœurs. En constatant aussi que, désormais, il y avait une bonne littérature jeunesse disponible et que, donc, c’était possible de la faire. Alors elle l’a fait. Elle quitte la radio. Écrit son premier manuscrit. L’histoire de Rose l'hippopotame, une enfant qui est moquée dans la jungle parce que ses fesses ont grossi pendant l’été. Le livre s’appelle "L'hippopotin" et il traite déjà d’un sujet concernant pour les enfants, la grossophobie.

Voilà. C’est parti. S’il fallait quatre années à la romancière pour rééquilibrer le budget familial suite à son départ de la radio, il lui faudra moins de temps pour convaincre les éditeurs. En quinze années, ce ne sont pas loin de 120 romans et livres graphiques jeunesse que Sandrine va proposer. Et obtenir plus de quarante récompenses dans des salons littéraires et des prix partout en France. La France qu’elle sillonne désormais pour répondre aux invitations d’écoles et collèges.

"La porte de la Salle de Bain", le livre qu’on a le droit de chaparder

Les collèges dans lesquels professeurs et professeurs documentalistes l’attendent de pied ferme, pour lui dire merci. Merci de proposer, avec des ouvrages tels que "La porte de la Salle de Bain", "Jour où je suis mort et les suivants" ou encore "Théa te hait", des romans adaptés aux jeunes lecteurs qui abordent des thématiques sensibles telles que l’inceste, le harcèlement ou le racisme. Parce que Sandrine, depuis toute petite, a décidé de combattre l’injustice par les mots. La place des femmes dans l’histoire est aussi un fil rouge dans son œuvre.

Sandrine Beau, autrice jeunesse accompagnée de notre journaliste Clément Jeannin. © France Télévisions

C’est depuis qu’enfant, en classe, on m’a expliqué que si il y avait cent filles dans une salle et un seul garçon, on devait tout de même dire "ils". Pardon ? De quel droit ?

Sandrine Beau

Romancière

Des livres qui réparent, qui réconfortent, qui semblent dire "tu n’es pas seul.e". Comme ces professeurs documentalistes qui expliquent qu’elles doivent régulièrement commander "La porte de la salle de bain" pour leur CDI. Parce que le livre, qui traite de l’inceste, se fait chaparder par des enfants qui n’osent pas encore dire ce qu’ils subissent à la maison.

On aurait encore bien choses à écrire sur Sandrine. Mais on va plutôt vous laisser l’écouter. Parce qu’elle avait vraiment tort de s’inquiéter avant son interview. Elle sait tellement bien écrire des histoires qu’il était impossible qu’elle ne sache pas bien en parler. À la fin, pour rigoler, je lui ai dit qu’elle était un peu la JK Rowling du Doubs. En moins riche. Mais en tellement plus gentille.

 

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