Depuis fin juin 2025, plus de 1 500 bovins, touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, ont été euthanasiés en Savoie et Haute-Savoie. Malgré une campagne de vaccination lancée par le gouvernement, les agriculteurs français sont inquiets et craignent la propagation de l'épidémie. Exemple dans le Jura.
Depuis début juillet, ces gestes sont malheureusement devenus une habitude. Ce mercredi 13 août, Sébastien, employé chez Eva Jura, coopérative agricole basée à Crançot (Jura) désinfecte consciencieusement la bétaillère qui vient de se garer sur son lieu de travail. Même traitement pour les bovins, qui eux sont désinsectisés en entrant et en sortant de l'entreprise.
Un travail fastidieux, mais pas le choix : la dermatose nodulaire contagieuse est dans toutes les têtes. Fin juin 2025, cette maladie animale apparaissait en Savoie. Un mois plus tard, près de 1 500 bêtes ont été euthanasiées et l'épidémie a été détectée dans 74 foyers, gagnant aussi la Haute-Savoie.
Une maladie "extrêmement grave et contagieuse"
Aujourd'hui, fort heureusement, la maladie semble avoir été circonscrite. Une campagne de vaccination a été lancée le 18 juillet par le gouvernement français, pour éradiquer ce mal qui n'avait pas encore touché les exploitations françaises. Selon le ministère de l'Agriculture, 70 % des bovins concernés ont été vaccinés, ce qui représente près de 200 000 bêtes.
Pourtant, dans le département voisin du Jura, l'inquiétude demeure chez la plupart des éleveurs, même si aucun cas de dermatose n'a été signalé sur le territoire. "C'est une maladie extrêmement grave et contagieuse" souffle Eric Druot, agriculteur à Mutigney et président de la FDSEA jurassienne, à nos journalistes Norbert Evangelista et Hugues Perret. "C'est vrai que ça fait peur".
Et pour cause, au niveau européen, la dermatose est classée A. Comprenez par là qu'un seul cas nécessite un "dépeuplement total", c'est-à-dire l'abattage du troupeau.
Voir ces animaux euthanasiés, c'est un drame pour l'éleveur [...]. Ce serait un creve coeur. Mais on doit agir de manière responsable. Autour de moi, dans un rayon de 5km, y a 3 000 bovins. Je ne prendrai pas le risque de les contaminer.
Eric Druot,agricuteur à Mutigney et président de la FDSEA du Jura
Pour ne pas en arriver là, l'agriculteur a lui aussi mis en place des mesures de prévention. Dans sa ferme de 120 bêtes, toutes les personnes, animaux et véhicules arrivant sur l'élevage sont désinfectés. Le cheptel est également divisé. "Diviser le troupeau est une stratégie" pour lutter contre la propagation de la dermatose révèle Eric Druot. Si un bovin est contaminé, il ne sera ainsi pas nécessaire d'abattre tout le troupeau.
L'éleveur l'assure : lui et ses collègues ne seront totalement tranquillisés qu'une fois la maladie "totalement éradiquée". Une bonne manière d'y arriver serait d'administrer le vaccin à l'ensemble des bovins français. Ce qui ne semble pas être d'actualité, les doses étant réservées aux territoires directement impactés.
La dermatose "ne peut pas toucher les hommes"
Il faudra donc attendre quelque temps avant que la sinistrose et le stress quittent les exploitants jurassiens. D'ici là, des organismes comme le Groupement de défense sanitaire (GDS) du Jura continueront de faire le lien avec tous les agriculteurs pour que l'information et l'avancée de la vaccination soient connues de tous.
Une mission importante alors que les rumeurs, souvent colportées par les réseaux sociaux, vont bon train. "Il faut bien répéter que cette maladie ne peut pas toucher les hommes" répète Franck Morel, directeur du GDS jurassien.
La dermatose n'a aucune incidence sur les produits comme le fromage ou la viande.
Franck Morel,directeur du Groupement de défense sanitaire
Derrière ces propos, une crainte : que des filières de la viande ou la filière comté soit impactée par ricochets par des effets de psychose collective.
Pour rappel, la dermatose nodulaire contagieuse est, selon le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, une maladie qui se manifeste chez les bovins par une forte fièvre pouvant atteindre 41 °C, un abattement général, une baisse de la production laitière, un gonflement des ganglions lymphatiques ainsi que l’apparition de nodules sur la peau, les muqueuses et les membranes. Son évolution peut être longue, laissant parfois d’importantes séquelles telles que des avortements, une stérilité, un tarissement ou un amaigrissement. Le taux de mortalité peut aller jusqu’à 10 % du troupeau.
► Avec Norbert Evangelista et Hugues Perret.